" L'angoisse, elle vient quand? À partir de treize heures. Pourquoi? Parce qu'à quatorze heures, vous allez commencer à téléphoner. Il est très rare que vous les ayez tout de suite, ce qui vous reporte déjà à seize heures. Seize heures, on commence à être un petit peu p...

" L'angoisse, elle vient quand? À partir de treize heures. Pourquoi? Parce qu'à quatorze heures, vous allez commencer à téléphoner. Il est très rare que vous les ayez tout de suite, ce qui vous reporte déjà à seize heures. Seize heures, on commence à être un petit peu plus nerveux. Ah oui. Vous n'avez pas encore de réponse, savoir si vous allez pouvoir dormir là ou pas. Vous montez jusqu'à dix-huit heures, parfois. Sans avoir de nouvelles d'eux. Pourquoi, parce qu'il y a énormément de personnes qui téléphonent en une fois (...) les quatre ou cinq lignes qui sont mises à disposition sont saturées." Ces quelques phrases, c'est Fernand qui les formule. Elles sont reprises dans un précieux ouvrage en forme de porte-voix, Paroles données paroles perdues?, qui se propose de recueillir la parole des sans-abri. Aucun lien avec l'art? Faux. Depuis que le registre du " care", ce souci d'autrui intégré à une pratique, a colonisé l'art, les frontières ont perdu en étanchéité et c'est tant mieux. C'est d'autant plus vrai que le collectif Sylloge, à qui l'on doit ce recueil réalisé à partir d'archives de réunions filmées pendant plusieurs années, a eu la belle idée de ponctuer le volume de calques faisant place à de belles illustrations au crayonné bleu pudique.