Jusqu'au XVIIIe siècle et l'essor des sciences naturelles, on parlait de l'arbre comme d'un homme inversé: l'arborescence de ses racines enfouie dans le sol serait ainsi le siège de sa pensée, à l'instar d'un cerveau humain. Le tronc serait son corps. Un excès d'anthropomorphisme à l'égard duquel Alexis Jenni nous met en garde tout au long de son ouvrage. À travers cette déambulation parmi les arbres de sa vie e...

Jusqu'au XVIIIe siècle et l'essor des sciences naturelles, on parlait de l'arbre comme d'un homme inversé: l'arborescence de ses racines enfouie dans le sol serait ainsi le siège de sa pensée, à l'instar d'un cerveau humain. Le tronc serait son corps. Un excès d'anthropomorphisme à l'égard duquel Alexis Jenni nous met en garde tout au long de son ouvrage. À travers cette déambulation parmi les arbres de sa vie et les exemples remarquables aux quatre coins de la planète, l'auteur, agrégé de sciences naturelles, entend considérer les fiers végétaux dressés comme des êtres avec lesquels nous nous devons de partager un habitat et nous parle de leurs développements (le terme "stratégies" serait ici aussi un biais humain) comme des manières d'être au monde. Usine chimique, siège de l'extraordinaire photosynthèse, l'arbre est " une grande machine dont le réacteur se situe dans ses feuilles tendres, le reste est tubes, tuyaux, pompes et entrepôts". De la survie avant tout. Les arbres ont aussi pour état naturel celui d'une vie en symbiose. Pensons au champignon qui s'accroche au pied du chêne, collaboration indispensable à chacun des deux. Reconsidérons la jungle tropicale qui vit et meurt vite, pour se décomposer et nourrir un écosystème foisonnant. " L'individu, merveilleuse conquête de l'ère moderne, n'est qu'un état transitoire dans une symbiose générale", écrit le lauréat du prix Goncourt 2011. Dans ses chapitres courts tous gagnés par l'émerveillement des performances des hêtres de la sylve médiévale et autres pins plurimillénaires de l'ouest américain, l'auteur ne cesse de sauter de lois naturelles prosaïques à une philosophie poétique de cette cohabitation vitale. Et une nouvelle perspective de s'ouvrir à nous. Mais s'ils s'avéraient êtres pensants, il ne serait pas impossible que les arbres, lieux de refuge et de souvenir, parlent à nos rêves. Naïf Alexis Jenni? Restons curieux et à l'écoute, conclut-il dans ce court ouvrage dans la lignée des écrits de Vinciane Despret et Baptiste Morizot.