C'est peu dire que Tintin, en tant qu'oeuvre, a quitté depuis longtemps la sphère de la bande dessinée pour envahir l'inconscient collectif. Preuves en sont les nombreux ouvrages consacrés au célèbre blondinet. Les aventures du héros au Congo ont notamment alimenté pas mal d'essais, de réflexions et de pastiches, le caractère raciste primaire en étant bien entendu l'axe principal. Alors, quand un auteur afrikaner s'en empare, ce caractère revêt directement une signification bien spécifique. Les discrètes mais néanmoins courageuses éditions belges de la Cinquième Couche publient en cette fin d'année une compilation de strips, nouvelles et dessins de presse de l'auteur Anton Kannemeyer. La société sud-africaine a alimenté -et alimente toujours- énormément de fantasmes de ce côté-ci de la planète. En ouvrant l'album par une histoire démontrant la difficulté de communication entre les communautés et se poursuivant sur la "beauté" de la langue afrikaans, l'auteur ne dissipe pas tout de suite l'ambiguïté qui pourrait se nicher dans le chef des lecteurs naïfs ou ignorants. Elle disparaît au fil de la lecture en faisant apparaître toute la complexité d'une société mise longtemps au ban des Nations bien-pensantes. C'est par exemple lors d'un voyage en Hollande en 1985 que l'auteur, alors âgé d'une vingtaine d'années, a entendu parler pour la première fois de Nelson Mandela! Mais la culpabilité de la Belgique est également interrogée, l'artiste ayant axé toute son oeuvre autour du personnage d'Hergé -il se représente en Tintin dégarni-, rappelant au passage à l'aimable peuple du plat pays les horreurs de la période coloniale et son chapelet de mains congolaises coupées comme punition pour quelques broutilles. Pappa in Afrika est une compilation salutaire en ces temps de censure politiquement correcte.

D'Anton Kannemeyer, éditions La Cinquième Couche, 160 pages.

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