Compte-t-on trop sur Anderson. Paak? En novembre dernier, le chanteur/rappeur/multi-instrumentiste californien sortait l'album Oxnard. Il faisait suite au carton de Malibu, publié deux ans plus tôt: un disque soul-r'n'b' aussi soyeux qu'irrésistible, réchauffant les coeurs et les corps, et affirmant haut et fort l'idée que les références à un passé glorieux (Stevie Wonder dans le viseur) ne condamnaient pas forcément au pastiche ou au revival, aussi bien foutu soit-il (coucou Bruno Mars).
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Compte-t-on trop sur Anderson. Paak? En novembre dernier, le chanteur/rappeur/multi-instrumentiste californien sortait l'album Oxnard. Il faisait suite au carton de Malibu, publié deux ans plus tôt: un disque soul-r'n'b' aussi soyeux qu'irrésistible, réchauffant les coeurs et les corps, et affirmant haut et fort l'idée que les références à un passé glorieux (Stevie Wonder dans le viseur) ne condamnaient pas forcément au pastiche ou au revival, aussi bien foutu soit-il (coucou Bruno Mars). Las, Oxnard a pu laisser certains amateurs à quai. Il serait faux d'écrire qu'il a moins bien fonctionné -commercialement, il fut même une réussite. Mais d'aucuns ont pu regretter la direction prise par le protégé de Dr. Dre. "Le succès est un animal capricieux", écrivions-nous il y a six mois d'ici. Il est surtout compliqué à dompter, multipliant les regards, et donc les attentes à votre égard. Pour être clair, Oxnard ne manquait pas de qualités. Mais, tout à coup, Anderson. Paak semblait plus dispersé, moins personnel. Comme s'il s'agissait moins de toucher les esprits que de marquer des points, quitte à forcer le trait, et à (sur)jouer une nouvelle assurance. Bien sûr, tout cela tient, au moins en partie, de la projection: Anderson. Paak n'était pas tout à coup devenu ce chanteur crispé et arrogant que certains ont pu décrire, nouvelle star se sentant obligée de justifier sa réussite en claquant une liste d'invités quatre étoiles. Mais en se dépêchant de sortir la suite d' Oxnard, on ne peut s'empêcher de se dire que le chanteur a lui-même cherché à rectifier rapidement le tir. Enregistré durant les mêmes sessions qu' Oxnard, Ventura a pour premier mérite de ne pas partir dans tous les sens. Resserrant le propos (la plupart des morceaux tournent autour des trois minutes), Anderson. Paak se "contente" de creuser cette soul bienveillante qui lui va si bien. Comme un clin d'oeil, il démarre ainsi le disque avec le morceau intitulé Come Home, groove luxuriant que vient ponctuer André 3000. Plus loin, Yada Yada est un autre exemple de rumination funk mid-tempo implacable (" Our days are numbered, I'd rather count what I earned"), tandis que Jet Black claque une basse à la Patrice Rushen (celle samplée sur Men in Black) pour une sucrerie au parfum eighties qui a le bon goût d'inviter Brandy. Fidèle au son cool & mellow de la côte ouest, Anderson. Paak "ressuscite" même Nate Dogg, "the hook master", sur What Can We Do?Après avoir fait un pas de côté, Anderson. Paak peut donner l'impression de vouloir revenir dans les rails. Comme si, refroidi par l'exercice, il était revenu à des ambitions plus mesurées. À maints égards, Ventura n'est pourtant pas la simple suite de Malibu. Il en a le chatoiement, le groove seventies éclatant ( Reachin' 2 Much, avec Lalah Hathaway). Mais sans pour autant en être la pâle copie. S'il ne sonne jamais comme un disque révolutionnaire, même pour le principal intéressé, il n'est pas non plus le réflexe de repli d'un chanteur échaudé. Il est simplement une nouvelle preuve d'un talent qui ne s'épanouit jamais autant que débarrassé de toute pression.