Le Refuge est le treizième film de François Ozon, en autant d'années de carrière. Et le quatorzième ( Potiche, avec Deneuve et Depardieu) est déjà en boîte! " J'adore tourner, commente le cinéaste, contrairement à d'autres réalisateurs je ne vis pas ça comme un calvaire. Et si je pouvais tourner plus encore, je le ferais. J'aurais été très très bien pendant les années 40 ou 50, comme réalisateur hollywoodien enchaînant 2 westerns et 2 comédies musicales dans l'année. Un tournage, ce n'est généralement que 8 semaines, 2 mois d'une année qui en compte 12..." Pourtant, ce sont des vacances que projetait Ozon quand une amie comédienne l'a appelé pour lui annoncer une bonne nouvelle: elle était encei...

Le Refuge est le treizième film de François Ozon, en autant d'années de carrière. Et le quatorzième ( Potiche, avec Deneuve et Depardieu) est déjà en boîte! " J'adore tourner, commente le cinéaste, contrairement à d'autres réalisateurs je ne vis pas ça comme un calvaire. Et si je pouvais tourner plus encore, je le ferais. J'aurais été très très bien pendant les années 40 ou 50, comme réalisateur hollywoodien enchaînant 2 westerns et 2 comédies musicales dans l'année. Un tournage, ce n'est généralement que 8 semaines, 2 mois d'une année qui en compte 12..." Pourtant, ce sont des vacances que projetait Ozon quand une amie comédienne l'a appelé pour lui annoncer une bonne nouvelle: elle était enceinte. " Cela m'a très vite donné envie de faire un film sur et autour de cette grossesse. Mais elle n'a pas voulu. C'est alors que ma directrice de casting m'a dit que plusieurs autres actrices attendaient également famille, dont Isabelle Carré. J'ai pensé que c'était une chance incroyable de faire quelque chose qui n'avait pas encore été fait: on n'a jamais vu une actrice enceinte de 7 mois dans un film! L'aspect documentaire de la chose m'intriguait, alors je me suis lancé." Isabelle Carré ayant accepté, une équipe légère (moins de 10 personnes) a été réunie, et avec des moyens fort limités, Ozon et sa petite troupe sont partis tourner... le milieu du film. " Le début et la fin, on les a tournés 6 mois plus tard", précise le cinéaste dont le bien nommé Le Refuge rassemble quelques thèmes favoris, voire quelques obsessions intimes. " Comme le scénario s'est écrit très vite, des automatismes se sont sans aucun doute déclenchés, des histoires qui doivent me hanter, et qui me ressemblent. L'urgence dans l'écriture (de ce qui se passe en été, parce que c'est cela qu'il fallait tourner au plus vite) doit avoir fait ré-émerger ces éléments intimes", explique le réalisateur. De fait, on retrouve dans Le Refuge tout à la fois cet intérêt pour les situations de deuil, comme celle qui inspirait le magnifique Sous le sable avec Charlotte Rampling, et de maternité, tel son récent et très personnel Ricky. Les 2 thèmes étant réunis, de manière cruelle et terrifiante, dès le stupéfiant moyen-métrage de 1997 Regarde la mer. La mortalité et la paternité s'épousant par ailleurs dans Le Temps qui reste, où un jeune artiste condamné par la maladie rêvait de faire un enfant avant de mourir. Un personnage interprété par Melvil Poupaud, celui-là même qui meurt d'overdose au début du Refuge et dont la femme incarnée par Isabelle Carré porte l'enfant... " Je ne cherche pas à comprendre le pourquoi de ces choses, commente François Ozon, mais je constate comme vous qu'elles me touchent et m'inspirent. " Le cinéaste avoue avoir éprouvé plus d'excitation dans cette urgence que dans des tournages précisément préparés et planifiés comme ceux par exemple de 8 femmes ou d' Angel. Travailler en HD l'a enthousiasmé. " Ce que nous avons fait est assez beau, je trouve, déclare-t-il, j'ai pris l'optique du scope, pour garder l'idée du cinéma, et travaillé avec des longues focales pour créer de la profondeur dans l'image, car la HD a tendance à aplatir les choses. La liberté qu'amène la HD, c'est qu'on peut tourner avec à peu près toutes les lumières naturelles, entre chien et loup par exemple, alors qu'en 35mm ce ne serait pas possible sans éclairer. " Sans avoir l'air d'y toucher, Le Refuge est sans doute un des films les plus intimement personnels d'Ozon. Lui qui se plaisait à pourfendre de comique et subversive façon la famille traditionnelle dans Sitcom pose des yeux assez tendres au fond sur une fragile filiation, l'ébauche de liens choisis plus qu'imposés, par-delà les différences sexuelles. L'interprétation à la fois dure et touchante d'Isabelle Carré, qu'il compare à un Stradivarius, est l'idéal relais de ce regard ému. Louis Danvers