C'est un cas à part dans le rap français. Et pas seulement parce qu'Aurélien Cotentin, alias Orelsan, a grandi en Normandie, du côté de Caen -pas vraiment une terre privilégiée du hip hop. Orelsan, c'est un peu le Cioran du rap hexagonal, la plume nihiliste et désenchantée solidement chevillée aux beats. En 2009, il sortait son 1er album. Son titre: Perdu d'avance... Juste avant, il créait le buzz avec Changement, hymne générationnel féroce et drolatique ( "Ma génération GameBoy sniffe plus de lignes qu'à Tetris").
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C'est un cas à part dans le rap français. Et pas seulement parce qu'Aurélien Cotentin, alias Orelsan, a grandi en Normandie, du côté de Caen -pas vraiment une terre privilégiée du hip hop. Orelsan, c'est un peu le Cioran du rap hexagonal, la plume nihiliste et désenchantée solidement chevillée aux beats. En 2009, il sortait son 1er album. Son titre: Perdu d'avance... Juste avant, il créait le buzz avec Changement, hymne générationnel féroce et drolatique ( "Ma génération GameBoy sniffe plus de lignes qu'à Tetris"). Pour l'heure, quand on le rencontre pour la promo de son nouveau disque, Orelsan a toutefois rangé son fiel. Avec un léger accent marshmallow qui a tendance à ramollir les "o", il passe pour une bonne pâte, affable et disponible. Seul son sourire gentiment carnassier trahit parfois des airs de Bisounours psychopathe, raccord avec son personnage de rappeur misanthrope. "Mon 1er album, c'était vraiment moi, ma vie entre 15 et 25 ans. Après, il faut bien prendre un angle: en général, j'aime les sentiments tranchés. Or il se fait que j'ai souvent tendance à voir le côté négatif des choses plutôt que le positif." Ses textes au vitriol jouent donc sur l'humour et l'excès. Au risque de ne pas toujours être compris. En 2009, certains tombent sur le clip du titre Sale Pute. Le morceau n'est pas sur l'album, mais sa violence (un homme trompé par sa femme raconte avec force détails le sort qu'il lui réserve) fait monter au créneau une série d'associations féministes. Très vite, l'affaire prend une tournure politique . "A Rennes, la situation a même failli dégénérer. Je jouais en 1re partie de Zone Libre (le groupe dans lequel on retrouve notamment Serge Teyssot-Gay, ex-Noir Désir, ndlr). Les associations féministes manifestaient devant la salle, après avoir fait de la retape dans une manif' d'étudiants. Ils empêchaient les gens d'entrer, essayaient de leur arracher les tickets des mains..." La situation se calmera. Mais Orelsan aura retenu la leçon. Plus question de se faire piéger aussi facilement par le jeu médiatique. En interview, on le sent prudent, sur ses gardes. Le nouvel album, intitulé Le chant des sirènes, reste toujours blindé de punchlines assassines (dont celle-ci à propos de "l'affaire": "Merci quand même pour le coup de pub/Merci les Chiennes de gardes pour le coup de pute"). Mais le rappeur a appris à mettre un peu plus de distance. "J'ai pas mal cherché avant de trouver la bonne accroche. J'ai tenté des trucs, certains titres plus chantés, mais ça ne fonctionnait pas. J'ai dû jeter entre 25 et 30 morceaux." Il finit par retomber sur ses pieds, retrouve une nouvelle férocité, en prenant plus clairement le pli de la fiction. Cela donne une petite comptine cynique comme La petite marchande de porte-clés. Mais aussi un titre comme Suicide social, longue litanie de près de 6 minutes où tout le monde en prend pour son grade. On ne se refait pas... ORELSAN, LE CHANT DES SIRÈNES, CHEZ PIAS. EN CONCERT (COMPLET), LE 28/01, À L'ANCIENNE BELGIQUE, BRUXELLES. LAURENT HOEBRECHTS