Ces deux-là se sont forcément croisés. De façon notable dans The Last Waltz, film signé Martin Scorsese sur les adieux scéniques du Band en 1976 au Winterland de San Francisco. Le doc, sorti en 1978, montre un aréopage de stars -de Clapton à Dylan- réanimant le cadavre exquis des années 60 et suivantes. Young (photo) et Van Morrison y apparaissent alors en nouveaux trentenaires -l'un et l'autre sont nés en 1975- avec déjà une décennie de succès au creux des reins. Quarante ans plus tard, les septuagénaires gèrent une légende large comme leur discographie, au-delà de quarante albums chacun. ...

Ces deux-là se sont forcément croisés. De façon notable dans The Last Waltz, film signé Martin Scorsese sur les adieux scéniques du Band en 1976 au Winterland de San Francisco. Le doc, sorti en 1978, montre un aréopage de stars -de Clapton à Dylan- réanimant le cadavre exquis des années 60 et suivantes. Young (photo) et Van Morrison y apparaissent alors en nouveaux trentenaires -l'un et l'autre sont nés en 1975- avec déjà une décennie de succès au creux des reins. Quarante ans plus tard, les septuagénaires gèrent une légende large comme leur discographie, au-delà de quarante albums chacun. Cimentant une carrière qui ne finira sans doute qu'à la veille de la Grande Faucheuse. Impression confirmée à l'écoute de disques qui montent au charbon avec un audible plaisir intemporel, même si les textes de Neil comme ceux de Van picorent dans le temps qui passe, de différentes manières. Le Canadien multiplie les rappels d'une époque anxiogène, notamment au rayon d'une planète affolée ( Green Is Blue, Rainbow of Colors). Alors que Van préfère se regarder directement dans la glace, histoire de voir ses Bags Under My Eyes ou de se mettre au coin du feu des Early Days. Days Gone By proclame aussi le fils de Belfast, observant la ligne du temps. Avec grand appétit puisque voilà quand même son sixième album studio depuis 2016. Justement. À la question " Vade retro nostalgie", Colorado et Three Chords and the Truth répondent de la seule façon possible: en compagnie de chansons vivantes, vibrantes, synthèse d'humeurs diversement canailles. Chez Young, cela passe par une nouvelle collaboration avec Crazy Horse. Ce groupe d'enclume-rock qui voyage avec lui depuis 1969 a labouré une bonne vingtaine d'albums communs, ici sous doubles auspices. Celui d'un tempo offensif-carnassier sur deux tiers des titres, et une poignée de chansons à l'opposé, friables, aux mélodies ouvertement sentimentales. Où la voix d'artichaut dépressif de Young traque parfaitement questionnements et douleurs ( Milky Way, Eternity). Rayon larsen, Neil est juste youngesque, en particulier sur les treize minutes et plus de She Showed Me Love où le " old white guy" se lance dans de virulentes guitares électriques avant que la sarabande ne mue en transe répétitive. Van Morrison semble loin de tout cela, sauf que son degré d'intensité est le même, voire supérieur à celui du contemporain érable. Le plus étonnant? À 74 ans, Van Morrison chante toujours d'une élégante voix malléable, soul-rhythm'n'blues sans effort apparent. Tout roule donc sous le soleil irlandais, avec la conviction d'être au salon de la chanson idéale ( You Don't Understand, If We Wait for Mountains, Up on Broadway). Y compris lorsque Van duettise avec Bill Medley des légendaires Righteous Brothers sur l'implacable Fame Will Eat the Soul. Rendant évidemment le titre mensonger, pour le coup.