Voici le groupe que vous allez adorer détester. Le genre à ne pas tendre seulement le bâton pour se faire battre, mais à carrément s'offrir en victime consentante, poitrail à découvert, prêt à encaisser les coups de tous ceux qui désespèrent de voir le rock retrouver un réel impact dans les débats actuels. Rien que son nom inspire la méfiance -un groupe en "The", coquetterie que, avouons-le, plus personne ne se permet depuis la fin des années 2000. En outre, dès son premier album, en 2013, le groupe formé à Manchester par Matthew Healy (voix, guitare), Adam Hann (guitare), Ross MacDonald (basse) et George Daniel (batterie) a été adoubé par la presse...

Voici le groupe que vous allez adorer détester. Le genre à ne pas tendre seulement le bâton pour se faire battre, mais à carrément s'offrir en victime consentante, poitrail à découvert, prêt à encaisser les coups de tous ceux qui désespèrent de voir le rock retrouver un réel impact dans les débats actuels. Rien que son nom inspire la méfiance -un groupe en "The", coquetterie que, avouons-le, plus personne ne se permet depuis la fin des années 2000. En outre, dès son premier album, en 2013, le groupe formé à Manchester par Matthew Healy (voix, guitare), Adam Hann (guitare), Ross MacDonald (basse) et George Daniel (batterie) a été adoubé par la presse musicale britannique, qui en a fait une cause nationale. Une raison supplémentaire de craindre le pire, pour tous ceux qui ont vécu les années Britpop, et surtout celles qui ont suivi, au cours desquelles, chaque semaine, le NME découvrait la 7e merveille du monde... Du coup, forcément, quand la critique s'emballe sur le nouveau A Brief Inquiry Into Online Relationships, on se méfie. Troisième album du groupe, il serait l'équivalent d'un OK Computer, l'album-charnière de Radiohead, pour les millennials. Carrément. En vrai, l'album marque moins un tournant qu'il n'illustre une époque: une façon d'envisager aujourd'hui la musique, le rock et la pop en particulier -invoquant aussi bien My Bloody Valentine que Michael Jackson (sic). Pour faire simple, The 1975 ose tout -c'est même à ça qu'on le reconnaît. En premier lieu, il ne craint pas l'emphase. Avec donc pas mal de pompe grandiloquente (à la U2), mais aussi, dans le même élan, une manière de scruter ses propres déviances (comme Bono), pas dupes sur les chausse-trapes que comporte le rock'n'roll circus -accro à l'héroïne, Matt Healy est rentré en cure de désintoxication pendant l'enregistrement de l'album... The 1975 est excessif, passant d'un genre à l'autre, toujours à mi-chemin entre le pastiche et l'acte de bravoure. D'où l'impression d'une démarche forcément réfléchie, mais jamais vraiment calculée. Et, au fond, c'est ce qui la rend attachante. Love It If We Made It, par exemple, est l'hymne pop le plus "bombastic" depuis, au moins, You Get What You Give des New Radicals, réussissant à glisser dans le même morceau des allusions à Trump et un RIP au rappeur Lil Peep. Plus loin, The Man Who Married a Robot est une sorte de fable, un spoken word "récité par Siri, à propos d'un homme qui tombe amoureux d'Internet". De son côté, Sincerity Is Scary démarre comme un morceau de Chance the Rapper, tandis que le crooning de Mine lorgne vers Broadway. The 1975 est encore le groupe capable de citer l'écrivan David Foster Wallace ( Surrounded by Heads and Bodies) et de rappeler Bon Iver. Par l'utilisation de l'autotune, comme par sa propension à flirter parfois avec la pire pop FM eightie: sur Beth/Rest, Bon Iver pouvait évoquer Michael Bolton; avec I Couldn't Be More in Love, The 1975 n'est pas très loin de Richard Marx ou Phil Collins. Vous voilà prévenus... Dans tous les cas, le geste est déraisonnable. Et en cela, aussi excitant que frustrant. The 1975 a commis un disque foutraque et bancal, que l'on ne pourra forcément aimer que pour de mauvaises raisons.