La deuxième saison de Legion à peine terminée aux États-Unis a laissé toute tentative d'explication logique sur le carreau, et rincé les cerveaux par ses tourbillons temporels extatiques et ses ruptures narratives. Dans les marges des rutilantes machines du Marvel Cinematic Universe et de ses valeurs héroïques saupoudrées de critiques socio-politique, le récit schizoïde de la guerre sanglante entre les forces du mal et David Haller, fils putatif du Pr. Xavier, esprit extrêmement perturbé par de multiples et imprévisibles personna...

La deuxième saison de Legion à peine terminée aux États-Unis a laissé toute tentative d'explication logique sur le carreau, et rincé les cerveaux par ses tourbillons temporels extatiques et ses ruptures narratives. Dans les marges des rutilantes machines du Marvel Cinematic Universe et de ses valeurs héroïques saupoudrées de critiques socio-politique, le récit schizoïde de la guerre sanglante entre les forces du mal et David Haller, fils putatif du Pr. Xavier, esprit extrêmement perturbé par de multiples et imprévisibles personnalités, suit sa course folle et prend la tangente sous nos yeux écarquillés. Une fois sortie de l'asile d'aliénés, la lutte entre le Bien et le Mal que semblait augurer la fin de la première saison s'est muée, à la faveur d'un saut dans le temps dont il nous revient, épisode après épisode, de retracer le cours, en un kaléidoscope terrifiant dans lequel les ennemis extérieurs et intérieurs sont de plus en plus difficiles à distinguer. On songerait à Westworld pour le scénario retors, à Breaking Bad pour la gestion d'une tension dramatique effrayante, on serait encore loin du compte, tant le burlesque, la comédie, le psychédélique paient ici chacun leur tournée. Et si tout se jouait dans le cerveau malade de David, incarné par un sobre et inquiétant Dan Stevens, entouré par Jemaine Clement ( Flight of the Conchords) placide à souhait, et les formidables Aubrey Plaza et Rachel Keller en alter ego féminins? Legion ne vous donnera aucune clé, ne vous prendra pas par la main, ne vous tissera aucun fil d'Ariane, il va vous retourner comme une crêpe, vous charmer, vous sidérer puis vous estomaquer. De ce récit fragmentaire, ébouriffant et aussi occulte qu'un film de David Lynch, émergent tout de même des morceaux de pure jouissance visuelle, des scènes mêlant -notamment- des images tournées et animées qui rendent à la perfection l'ambiance tourmentée du comics original (ce qu'ont raté les franchises Netflix des Defenders). Parce qu'ils sont avant tout joueurs, ses épisodes à la longueur irrégulière ne démarrent presque jamais sur les bases du précédent et ordonnent au spectateur de repartir avec un regard neuf. La grande réussite de cette série, et ce qui va probablement aussi l'éloigner d'une frange du public, est qu'en nous balançant dans ce tsunami télévisuel d'une magnitude sans équivalent, elle semble nous intimer l'ordre de penser à travers tout: le chaos organisé, la multiplicité des sollicitations d'un monde ultra connecté et aliénant, l'effroi, la folie, la solitude et le désespoir.