Floating Points
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Floating Points "Elaenia" DISTRIBUÉ PAR NEWS. 8 L'an dernier, Sam Sheperd a pu enfin souffler. Après plusieurs années de recherche, il a fini par rendre sa thèse en neurosciences -une étude sur les origines moléculaires de la douleur. Un cap important et un fameux soulagement: adoubé de son titre académique, Sam Sheperd allait pouvoir se consacrer plus librement à son alter ego musical, son autre grande quête. Depuis plus de cinq ans, l'Anglais combinait en effet ses recherches scientifiques à l'UCL (University College London) avec sa passion pour la musique. Sous le pseudo de Floating Points, il a ainsi publié une série de maxis et de singles (Vacuum, Shadows...). Autant de concoctions house, à la fois suaves et dansantes, que l'on a eu tendance à associer, aussi paresseusement que pertinemment, à celles de Four Tet (un pote) ou Caribou (un autre pote). Cofondateur du label Eglo, Sam Sheperd a d'ailleurs partagé avec le premier une résidence au fameux Plastic People, l'un des principaux temples des nuits londoniennes -jusqu'à sa fermeture en janvier dernier... De là à attendre du premier album de Floating Points une suite de morceaux calibrés pour remplir les clubs, il n'y avait qu'un pas. Qu'Elaenia ne franchit jamais. A cet égard, il en surprendra même plus d'un: si l'album de Sheperd est en effet un disque nocturne, c'est davantage par les rêveries qu'il suggère que par ses invitations à envahir la piste. A sa manière, Elaenia résume en réalité les différentes marottes de Sheperd. Né en 1986 à Manchester, il a commencé par chanter à l'église, avant d'étudier le piano classique, et de tomber dans le jazz, puis plus tard dans les musiques électroniques, la world... Quand il rejoindra Londres pour étudier, il préférera les branches scientifiques au conservatoire, à l'enseignement trop cadré. Mais il gardera la musique dans un coin. Membre d'un collectif d'une quinzaine de musiciens (devenu aujourd'hui le Floating Points Ensemble), il commencera à bidouiller en solo et se lancera comme DJ. Récemment, il était encore l'invité du Berghain, le temple techno berlinois. Pour débuter son set, Sheperd a joué les 20 minutes de Harvest Time, du saxophoniste Pharaoh Sanders... Du jazz spiritual seventies, Elaenia garde d'ailleurs les mêmes visées planantes. Fils de pasteur, Sheperd a beau expliquer avoir viré sa cuti, il ne peut s'empêcher de pondre ici des morceaux qui fonctionnent comme autant de méditations -au croisement de l'ambient (Argenté), de la musique classique (Silhouettes, découpé en trois mouvements, ou les cordes de For Marmish), ou même brésilienne (Thin Air)- jusqu'à l'explosion finale de Peroration Six. Dit comme cela, et vu le CV académique de Sheperd, d'aucuns pourraient éventuellement craindre l'exercice par trop cérébral. Pour les oreilles curieuses, Elaenia n'a pourtant rien d'intimidant. Il est au contraire une fascinante balade sonore, disque de danse horizontale et minérale. LAURENT HOEBRECHTS