Directeur artistique de La Patinoire Royale, Constantin Chariot a profité du temps suspendu offert par le confinement pour aller au-devant de la jeune scène plastique contemporaine installée à Bruxelles. Chamboulé par ces rencontres, l'intéressé a très vite compris le coup double qu'il y avait à jouer: d'une part, offrir une visibilité inespérée aux artistes au moment où ils en avaient le plus besoin (leurs projets d'exposition fondant comme neige au soleil); de l'autre, permettre à la galerie de se connecter au réel en enregistrant, tel un sismographe, les secousses d'un monde en plein bouleversement. Stratégiquement, c'est bien ...

Directeur artistique de La Patinoire Royale, Constantin Chariot a profité du temps suspendu offert par le confinement pour aller au-devant de la jeune scène plastique contemporaine installée à Bruxelles. Chamboulé par ces rencontres, l'intéressé a très vite compris le coup double qu'il y avait à jouer: d'une part, offrir une visibilité inespérée aux artistes au moment où ils en avaient le plus besoin (leurs projets d'exposition fondant comme neige au soleil); de l'autre, permettre à la galerie de se connecter au réel en enregistrant, tel un sismographe, les secousses d'un monde en plein bouleversement. Stratégiquement, c'est bien vu, car si les plasticiens reconnus sont "bankables", l'écriture de la plupart d'entre eux a séché au soleil de certitudes arrachées à un monde désormais englouti. Avec les six signatures de moins de 35 ans retenues pour Young Belgium, la trame est toute différente. Il s'agit pour le visiteur d'une confrontation, la plupart du temps avec ce qu'il ne croyait pas digne d'être regardé. " On ne peut plus rien dire", regrette-on souvent ces temps-ci, aveu dont la pénibilité tient au fait d'interroger ce que l'on formule et pourquoi on le fait. " Vous n'avez encore rien vu", semblent, quant à eux, nous dire Léa Belooussovitch, Pierre-Laurent Cassière, Hannah De Corte, João Freitas, Alice Leens et Sahar Saâdaoui. Elles et ils ont raison. La tentation est grande de s'étendre sur le cas de Léa Belooussovitch qui, une fois de plus fait merveille en raison d'une délicatesse feutrée. On ne le fera que le moins possible par souci d'équité. Impossible toutefois de ne pas commenter Perp Walk (Blanket) (2019), une remarquable impression photo sur velours marbré. Il y est question d'une sorte de suaire texturé, qui une fois de plus " répare le monde" en jetant un voile de pudeur sur cette détestable pratique de la police américaine consistant à faire intentionnellement parader en public un suspect arrêté pour signifier sa déchéance à la face du monde. Hannah De Corte, quant à elle, nous plonge dans la matière, celle dont sont faites les toiles. Sa pratique exalte la richesse de ce support avant même qu'il ne soit travaillé par le peintre. De Corte souligne au feutre les irrégularités de la structure textile, pointant le fait que l'oeuvre existe bien avant qu'on ne le pense. On aime aussi ses infusions de couleur par capillarité dont le résultat évoque une sorte d'impressionnisme conceptuel fascinant. De João Freitas, on retient les transmutations du rebut. Par exemple, quand il frotte un papier de soie avec du journal Metro pour générer une trace, une sorte de " lecture mémorielle du flux de l'information" comme le commente Chariot. Mentions pour le jeu autour des tensions et des cordes chez Alice Leens, ainsi que le codage-décodage alphabétique minutieux et formellement hallucinant de Sahar Saâdaoui. Enfin, on tendra l'oreille pour entendre l'oeuvre acoustique de Pierre-Laurent Cassière, pièce géniale et obsédante, une sorte de neige qui craque sous les pas, en ce qu'elle est nulle part et partout.