" Smells like teen spirit", dirait Kurt Cobain: Marianne et Connell fréquentent le même lycée du comté irlandais de Sligo. Elle est solitaire et effrontée, il est populaire mais timide. Elle a grandi dans un milieu aisé, il a des origines modestes. Connell décide de se rapprocher de Marianne, qui l'attire énormément. Une passion intense les entraîne... Certes adaptée du best-seller de Sally Rooney, le pari...

" Smells like teen spirit", dirait Kurt Cobain: Marianne et Connell fréquentent le même lycée du comté irlandais de Sligo. Elle est solitaire et effrontée, il est populaire mais timide. Elle a grandi dans un milieu aisé, il a des origines modestes. Connell décide de se rapprocher de Marianne, qui l'attire énormément. Une passion intense les entraîne... Certes adaptée du best-seller de Sally Rooney, le pari n'était pas gagné d'avance. D'autant que la série accumule tous les clichés du moment: une photographie épurée façon filtre Instagram, une BO indie-pop ultrapointue un peu trop parfaite (Elliott Smith, Caribou, etc.) et des acteurs d'une beauté plastique surréelle... Et pourtant, ça fonctionne: idéalement morcelé en douze épisodes d'une trentaine de minutes, le récit, particulièrement fidèle au livre de Sally Rooney, captive de bout en bout. De malentendus en non-dits, de honte en regrets, toute une panoplie de sentiments propres à cet âge délicat sont traités comme rarement -ici, ils traversent l'écran! Daisy Edgar-Jones et Paul Mescal n'ont pas seulement des corps et des visages de statues grecques, ils incarnent aussi à merveille ce fameux malaise adolescent. Les scènes de sexe, certes explicites, ont valu quelques interventions collector d'auditeurs outrés dans le talk-show star de la radio nationale... Mais le sexe n'est ici jamais gratuit, et permet entre autres d'aborder finement le thème majeur du consentement. On notera au passage de vrais partis pris de mise en scène (Lenny Abrahamson et Hettie MacDonald aux commandes), comme ces travellings répétés dans les couloirs du lycée ou de la mythique université de Trinity. Car oui, la relation de Marianne et Connell n'est pas qu'une simple amourette, et se poursuivra, non sans remous, jusqu'à Dublin. And beyond? Si tant est que l'on ait un jour été jeune, on ne restera pas insensible face à la brillante Normal People.