" Là, j'ai appris la suppression d'une quinzaine de concerts. Financièrement, ce n'est pas une bonne nouvelle mais c'est peut-être l'occasion de réévaluer nos priorités. Et puis ça me donne du temps pour travailler, composer et enregistrer à la maison. Créer les choses. Et j'entends la même chose de la part des autres musiciens, ici à Anvers. Cela dit, je pense qu'on a pris la décision la plus sage." Vendredi 13 mars, Nicolas Rombouts a toujours ce sourire détendu qui chatouille une barbe généreuse, caractéristique d'une bonne gueule aux lunettes seventies. La veille de notre discussion, Nicolas Rombouts s'est retrouvé devant une salle maigrement remplie des Brigittines bruxelloises, dans un duo avec la danseuse-chorégraphe Charlotte Vanden Eynde. " Il y avait 20 personnes pour une capacité de 60. On a senti que quelque chose n'allait pas. Et puis comme tu le sais, dès aujourd'hui, tous les spectacles sont supprimés."
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" Là, j'ai appris la suppression d'une quinzaine de concerts. Financièrement, ce n'est pas une bonne nouvelle mais c'est peut-être l'occasion de réévaluer nos priorités. Et puis ça me donne du temps pour travailler, composer et enregistrer à la maison. Créer les choses. Et j'entends la même chose de la part des autres musiciens, ici à Anvers. Cela dit, je pense qu'on a pris la décision la plus sage." Vendredi 13 mars, Nicolas Rombouts a toujours ce sourire détendu qui chatouille une barbe généreuse, caractéristique d'une bonne gueule aux lunettes seventies. La veille de notre discussion, Nicolas Rombouts s'est retrouvé devant une salle maigrement remplie des Brigittines bruxelloises, dans un duo avec la danseuse-chorégraphe Charlotte Vanden Eynde. " Il y avait 20 personnes pour une capacité de 60. On a senti que quelque chose n'allait pas. Et puis comme tu le sais, dès aujourd'hui, tous les spectacles sont supprimés." Coup dur pour Nicolas et des centaines de musiciens belges réduits à la création in vitro pour les semaines à venir. Sans forcément de couvre-feu sur le désir de jouer: " Je pense qu'à Anvers, il va y avoir des concerts à la maison, des choses avec des amis, parce que l'envie de musique est trop forte. C'est évident. Et puis tu sens une sorte de solidarité contre le capitalisme. Aujourd'hui on a compris que cette fraternité avec les personnes les plus vulnérables de la société, se manifestait. Moi, je me sens surtout combatif. Comme quand on a annoncé, il y a quelques semaines, ces coupures de 60% que voulait appliquer Jan Jambon dans la culture. On est maintenant dans cette réalité. " Un peu l'histoire inhérente à Nicolas, né en 1977 dans une famille anversoise lointainement liée au maître de café, même si le musicien n'en perçoit pas de dividendes. Éduqué dans une famille francophile -" ma mère écoutait Joe Dassin et Claude François"-, le petit Nicolas devient grand au son d'une basse électrique autodidacte. Ado sous perfusion Sonic Youth et autres bruitismes sympa à la Soul Coughing, il a un jour la révélation par sa soeur aînée de la contrebasse, cette armoire à musique que l'on traite avec le respect et les multiples possibilités sinueuses de l'archet. Des études aux conservatoires de Leuven et Anvers configurent l'apprentissage. " Les possibilités sonores se sont révélées quasi infinies, et aujourd'hui, avec les pédales, les effets et les implications sonores, l'instrument me semble toujours sans limite."La maison anversoise de Nicolas, pas très éloignée de la Gare Centrale, habitée depuis presque neuf ans avec une femme actrice de théâtre et deux jeunes enfants, est devenue la charte de son travail musical. Au rez-de-chaussée, voilà un studio, pas très grand, mais lové dans un cocon qui donne sur une pièce fraternelle et une cour extérieure où l'on peut respirer l'air d'un quartier où Juifs orthodoxes, bobos ménapiens, Turcs et Marocains de souche semblent se côtoyer sans trop d'électricité. Au fil des ans, Nicolas y a investi 100 000 euros de matos, dont une console analogique des années 80, fabriquant le décor cloisonné avec un pote. Artisanat et technologie. Si Nicolas parle de " résilience", c'est aussi parce qu'il n'a pas de grief suite à son expérience hors norme dans Dez Mona, groupe talentueux pour lequel il joue et compose entre 2003 et 2016. Le style tendance flambi, buriné entre rock, jazz, gospel, émanations soul et grandeurs lyriques, amène la rencontre de l'anglais Paul Webb, producteur de l'album Hilfe Kommt sorti à l'automne 2009. " La chimie avec Gregory (Frateur, chanteur de Dez Mona, NDLR) a été unique, souligne Nicolas. Le genre qui n'arrive qu'une fois dans la vie. C'était unique (silence). Comme un couple -non-sexuel (il sourit)- avec des personnalités fortes. Et c'est avec beaucoup de douleur, pour ma propre santé mentale, que j'ai quitté Dez Mona. Mais ce divorce où on était presque mariés -je voyais Gregory plus que ma femme- m'a appris beaucoup de choses." Paul Webb est à ce point convaincu des capacités de Nicolas qu'une décennie plus tard, il lui demande de monter un groupe pour partir en tournée à l'automne 2020. Entretemps, la réputation musicale de Rombouts s'est répandue au-delà d'Anvers: aujourd'hui, le nombre de projets où il est instrumentiste-compositeur-producteur dépasse les dix doigts. On peut piocher son travail avec Guido Belcanto, le Tom Waits flandrien avec lequel il trimballe une sorte de cabaret réaliste émotif: " C'est pour cela que je travaille avec lui depuis quinze ans, et que j'ai produit quatre de ses albums. C'est un type intègre, honnête, qui aime les chansons tragiques liées à la vie. Un peu comme l'émission Strip-Tease (il rigole) . Il chante pour les sans-abris et les gens qui n'ont pas de chance dans la vie. Avec lui, j'ai fait l'équivalent local de l'americana: le belgicana. J'aime la façon dont il manie la langue flamande et je suis aussi un fan de Zwangere Guy, quelqu'un d'authentique, qui dit les choses." Alors, celui qui est professeur à la Hogeschool PXL d'Hasselt -ce qui contribue à un semblant de statut- ne compte plus vraiment ses collaborations actuelles et futures: Matt Watts, Yksan, Ottla, Spook, Jef Mercelis, The Golden Glows, l'Américain Jim White -tournée reportée en novembre- ou encore ce groupe à géométrie variable où jouent aussi Stef Kamil Carlens, Rudy Trouvé et Teuk Henri (ex-Sharko): I H8 Camera. " J'aime l'idée de la performance, c'est pour ça que je joue avec la danse. J'aime aussi le fait qu'il n'y ait pas de séparation entre les disciplines. J'aime l'idée de la famille, celle du théâtre qui pour un musicien est aussi inspirante qu'un bon studio. C'est important de créer une infrastructure confortable qui soit aussi vulnérable. Où on peut baisser la garde, être soi-même, et laisser aller les énergies positives."