Jeune trentenaire, belle gueule un peu voyou, dégaine cool mais pas trop, et un talent, une présence, dont Mariage à Mendoza (lire aussi page 12) donne une nouvelle illustration après La Fille du RER, Les Herbes folles et Polisse. Nicolas Duvauchelle est de ces comédiens dont le cinéma français des années 30, celui des Renoir et des Grémillon, aurait fait ses délices tant le jeune premier pouvait y être un dur, voire un mauvais garçon d'autant plus séduisant qu'il dégageait du danger. Claire Denis s'en est approchée très tôt dans Beau travail et Trouble Every Day, Jean-Pierre Améris aussi pou...

Jeune trentenaire, belle gueule un peu voyou, dégaine cool mais pas trop, et un talent, une présence, dont Mariage à Mendoza (lire aussi page 12) donne une nouvelle illustration après La Fille du RER, Les Herbes folles et Polisse. Nicolas Duvauchelle est de ces comédiens dont le cinéma français des années 30, celui des Renoir et des Grémillon, aurait fait ses délices tant le jeune premier pouvait y être un dur, voire un mauvais garçon d'autant plus séduisant qu'il dégageait du danger. Claire Denis s'en est approchée très tôt dans Beau travail et Trouble Every Day, Jean-Pierre Améris aussi pour Poids léger, et La Blonde aux seins nus avec sa péniche à la Jean Vigo l'a confirmé voici deux ans à peine. Tout a commencé de manière atypique pour le gamin rebelle, un peu mal dans sa peau, criblant ses frustrations de coups de pieds et de poings dans un club de boxe thaïe quand un directeur de casting l'aperçut et resta scotché. Nicolas Duvauchelle allait passer du ring à l'écran pour un premier film aux allures de chef-d'oeuvre: Le Petit voleur d'Erick Zonca. "Je suis rentré dans le cinéma comme je rentrais dans mes combats de boxe, avec une grande intensité physique. Au départ, Zonca m'avait rencontré pour une figuration. Il a vu comment j'occupais l'espace, et que je n'avais pas froid aux yeux, alors il m'a proposé le rôle principal. J'ai eu beaucoup de mal à me voir, au début, et encore plus à m'entendre. Je me suis malgré tout senti acteur, tout de suite, mais c'est après que j'ai commencé à avoir peur. Peur que ça finisse. Peur qu'on me dise: "On t'a repéré, t'es pas à ta place ici, alors dégage!"" "Quand Edouard Deluc m'a fait lire le scénario de Mariage à Mendoza, et que je lui ai dit oui, il m'a expliqué que le film n'était pas encore financé, mais qu'une fois le budget réuni, cela pourrait aller vite. Un jour, il m'a rappelé, et il m'a dit: "On part dans deux semaines!"" Duvauchelle n'oubliera pas la belle aventure de ce tournage argentin où, en plus du travail, "on allait se marrer, picoler, écouter de la musique avec Philippe Rebbot, qui joue mon demi-frère et avec lequel ça a accroché tout de suite. C'est un ovni, ce mec!" Le film? Il s'est fait "en chemin, comme une aventure, une parenthèse enchantée, avec ce que cela suppose d'immersion dans une autre réalité, de dépaysement et d'abandon", s'exclame un comédien admiratif "devant la ferveur avec laquelle Edouard (Deluc, le réalisateur, ndlr) a constamment porté le film". En riant, il ajoute que le tournage "tombait à pic, juste au moment où j'avais envie de me barrer de Paris pour un bout de temps, de me relâcher, de penser à autre chose... et de faire la fête, un peu! " Nicolas Duvauchelle se pose en intuitif, vivant les films comme il vit sa vie, à l'envie, au désir. "Je n'intellectualise pas mes rôles, explique-t-il, je me formate peu à peu à l'approche du tournage, et une fois devant la caméra, je suis le personnage. C'est tout simple, je ne me prends pas la tête. " LOUIS DANVERS