On ne va pas (trop) la ramener perso, mais New York est le genre d'endroit où l'on peut s'étourdir via John Cale à une heure du mat au voisinage d'Andy Warhol (Mudd Club, 3 octobre 1981), gober un abyssal duo entre Björk et Antony Hegarty pas loin d'Elijah Wood (Radio City Music Hall, 2 mai 2007) ou arriver en plein soul sister act d'Anita Baker, et s'apercevoir être le seul visage pâle au milieu de 20 000 Blacks en costards crémeux et satins glitter (Madison Square Garden, 4 octobre 1988). On a également apprécié le fait de pisser dans les lavatories d'une église à côté de Win Butler juste avant un set d'Arcade Fire (Judson Memorial Church, 14 février 2007). New York compte plus de 100 lieux publics dédiés aux diverses musiques "rock",taux d'occupation musicale qui adopte toutes les tailles: de la Mecque Broadway qui flambe insolemment la note d'électricité de Times Square, au boui-boui garanti underground de Williamsburg. Au rayon des causes évidentes d'une tension permanente: la structure d'une ville qui -par vocation- ne dort jamais et épouse un arrogant cortex d'ultra-modernité. Par principe et éventuel intérêt commercial. Si on ne peut voir ou avoir une musique dans Manhattan, c'est qu'elle n'existe pas. Sans surprise, New York se raconte aussi par ses clubs, salles, halls, ballrooms, actifs ou témoins consentants d'une gloire passée, prestement reconvertis en banque, wine bar ou centre vidéo. On parle quand même d'une ville où le mètre carré construit se négocie en son épicentre aux alentours de 6900 euros: c'est peu dire que l'espace musical y vaut de l'or. En route pour un rock tour!
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On ne va pas (trop) la ramener perso, mais New York est le genre d'endroit où l'on peut s'étourdir via John Cale à une heure du mat au voisinage d'Andy Warhol (Mudd Club, 3 octobre 1981), gober un abyssal duo entre Björk et Antony Hegarty pas loin d'Elijah Wood (Radio City Music Hall, 2 mai 2007) ou arriver en plein soul sister act d'Anita Baker, et s'apercevoir être le seul visage pâle au milieu de 20 000 Blacks en costards crémeux et satins glitter (Madison Square Garden, 4 octobre 1988). On a également apprécié le fait de pisser dans les lavatories d'une église à côté de Win Butler juste avant un set d'Arcade Fire (Judson Memorial Church, 14 février 2007). New York compte plus de 100 lieux publics dédiés aux diverses musiques "rock",taux d'occupation musicale qui adopte toutes les tailles: de la Mecque Broadway qui flambe insolemment la note d'électricité de Times Square, au boui-boui garanti underground de Williamsburg. Au rayon des causes évidentes d'une tension permanente: la structure d'une ville qui -par vocation- ne dort jamais et épouse un arrogant cortex d'ultra-modernité. Par principe et éventuel intérêt commercial. Si on ne peut voir ou avoir une musique dans Manhattan, c'est qu'elle n'existe pas. Sans surprise, New York se raconte aussi par ses clubs, salles, halls, ballrooms, actifs ou témoins consentants d'une gloire passée, prestement reconvertis en banque, wine bar ou centre vidéo. On parle quand même d'une ville où le mètre carré construit se négocie en son épicentre aux alentours de 6900 euros: c'est peu dire que l'espace musical y vaut de l'or. En route pour un rock tour! A condition de vous acquitter des 26,95 dollars d'entrée, le Garden (4 Pennsylvania Plaza) est visitable, en dehors des 320 événements qui chauffent annuellement ses 76 000 mètres carrés. Depuis son ouverture à cet endroit en février 1968, l'actuel MSG n'est pas seulement devenu l'emblème du rock planétaire -concert pour le Bangladesh, 50 ans de Bowie, etc.- ni des neuf organisations sportives qui l'occupent en continu, mais l'incarnation ultime du business à l'américaine. Six niveaux pour la grande salle d'environ 20 000 places, un "théâtre" modulable de 2000 à 5600 sièges, une soixantaine de bars, snacks et restos, et des tickets qui grimpent jusqu'à 875 dollars, comme pour Lady Gaga, le 13 mai... Le soir d'automne où nous croisons l'Apollo (253 West 125th Street), le temple de la musique noire new-yorkaise évoque un glorieux vaisseau lynchien avec ses néons rougeoyants, l'inscription géante de James Brown en façade, le tout plongé dans le silence d'une nuit sans musique. Cette ancienne église baptiste construite il y a un siècle est rentrée fissa dans la légende New York en quittant le vaudeville pour épouser le swing de Duke Ellington ou Dizzy Gillespie. Plus tard, ce sera la vision soul d'Otis Redding et James Brown qui en fera l'incarnation du black power,également défendue sur la scène même de l'Apollo par Malcolm X. Aujourd'hui, dans un quartier en voie de boboïsation intensive, le théâtre rococo qui attire 1,3 million de visiteurs annuels perpétue sa tradition de l'Amateur Nightdu mercredi soir, toujours funky! Quelques maisons séparent le 96-98 St. Mark's Place du 122-124: le premier (double) bâtiment est devenu fameux en étant repris -version sépia- sur la pochette de l'album Physical Graffiti (1975) de Led Zeppelin. Groupe adoré par Jeff Buckley qui débuta sa carrière new-yorkaise au Sin-é, de fait quelques tables et une micro-scène au 122 St. Mark's Place. La bohème originale s'est close en 1996, un an avant la mort de Buckley. Aujourd'hui, l'endroit, complètement reconstruit avec un bout de maison voisine, s'appelle Bua et ses boiseries sombres de bar in n'ont plus vraiment les parfums de Grace. Toujours dans l'East Village se trouve ce qui fut l'incarnation flamboyante de la contre-culture new-yorkaise entre mars 1968 et juin 1971, le Fillmore East (105Second Avenue), transformé en banque qui expose quelques photos de performers d'époque à la Jimi Hendrix/Janis Joplin. Presqu'en face de cet ex-culte des sixties, il faut visiter Rainbow Music (130 1st Avenue), où le vieux vendeur possiblement cinglé a empilé -littéralement- des milliers de CD d'occase en un amas claustrophobant. Toujours dans l'East Village, à côté du café Niagara, une fresque murale de Joe Strummer orne le coin de l'Avenue A et de la 7th Street. Plusieurs fois repeinte, son kitsch des couleurs et l'approximation du dessin sont davantage un hommage à Clash -qui a marqué la ville- qu'une oeuvre d'envergure. A 50 mètres de là, le Manitoba's (99 Avenue B) vaut le détour: c'est le bar de Handsome Dick Manitoba, chanteur des pré-punks Dictators et frontman occasionnel de ce qui reste du MC5. Le juke-box et les photos sont rock, tout comme Madame Manitoba, qui gère l'endroit sous son nom de jeune fille, Zoe Hansen, par ailleurs ex-tenancière de bordel... Brooklyn est donc depuis une décennie la nouvelle supposée Mecque du rock, où TV On The Radio partage, par exemple, le même hangar à répétition que Trixie Whitfield. En particulier Williamsburg et ses cafés "à la française"où l'on peut tâter de la baguette et fréquenter le Brooklyn Bowl (61 Wythe Avenue), élu en 2013 20e meilleur club des Etats-Unis par Rolling Stone. L'endroit est donc un bowling basse énergie -comme tout le bâtiment- incluant resto et concerts, showcases prestigieux (Costello, The Roots) ou upcoming acts. Tout près de là paresse le Pop Fuzz (123 Wythe Avenue), magasin improbable où l'on peut pêcher quelques vinyles rares et généralement usagés. En route vers la Knitting Factory (361 Metropolitan Avenue) et ses tricotages jazzy-avant-gardistes, on croise la station de métro Bedford Avenue, et ses buskers qui font la manche en chantant du Elliott Smith et autres morts regrettés. A l'origine, le ballroomest une vaste salle destinée principalement au bal (ball): New York en compte des dizaines mais une poignée seulement ouverts au Top 100. L'Hammerstein Ballroom, inclus au Manhattan Center Studios (311 West 34th Street), est splendide, tout comme le Roseland Ballroom (239 West 52nd Street) qui, après 80 ans de showbiz allant de Fred Astaire aux Stones, ferme ses portes avec sept concerts de Lady Gaga, le dernier prévu au 7 avril. Davantage salle que ballroom, quoi que de capacité comparable -2829 places-, le splendide Beacon Theatre (2124 Broadway), perle du Upper West Side, est aussi le lieu de séjour annuel des Allman Brothers qui y ont joué plus de 220 fois (...) depuis 1989. New York rock, c'est aussi le livre des records. Le Dakota (1 West 72nd Street) ne serait jamais devenu aussi fameux si son locataire du même calibre, John Lennon -qui y possédait pas moins de cinq appartements-, ne s'était pas fait assassiner en décembre 1980. Devant l'entrée. Les Beatles maniaques du monde entier viennent donc admirer le plantureux immeuble de fin XIXe, poussant la lennonerie en visitant les Strawberry Fields et sa mosaïque baptisée Imagine juste de l'autre côté de la rue, dans Central Park. Les fans avides de stars pourront toujours guetter, à deux pas de là, les entrées et sorties du San Remo (145-146 Central Park West), autre ensemble d'appartements ultra-onéreux, qui logent, entre autres, Paul Simon et Bono. Ce dernier ayant acheté à Steve Jobs un 330 m² au 27e étage pour quinze malheureux millions de dollars. On a bien mis dix minutes pour trouver la Joey Ramone Place: un simple panneau de signalétique urbaine US, rectangle de lettres argentées sur fond vert. Perché à six mètres de hauteur: par crainte qu'on le vole? Sur le même trottoir du Bowery se trouve, au numéro 315, la boutique de John Varvarosqui serait le cadet de nos soucis rock si elle n'avait investi la place du CBGB (1973-2006), mythique pour avoir accueilli les Ramones et les autres fondateurs du "punk"new-yorkais, Television, Talking Heads, Blondie. A l'intérieur de la boutique tendance chic, on a conservé des pans de murs (crapoteux) couverts de posters antédiluviens, qui firent la gloire suante de ce long couloir lugubre. Où les cuirs sont maintenant lustrés à quelques centaines de dollars. Lors de notre passage new-yorkais en octobre 2013, le Chelsea Hotel (222 West 23rd Street) est un total foutoir: pas le bordel habituel de chambres et couloirs largement décatis où la plomberie évoque les sonorités gutturales de Brazil, mais un chantier boulimique qui a nécessité la fermeture intégrale du lieu aux touristes, quelques résidents "historiques"y restant, paraît-il, cloîtrés dans leur espace. Rendu fameux par plusieurs générations d'artistes y ayant séjourné, en particulier les musiciens -Patti Smith, Iggy, Tom Waits, Dylan, Alice Cooper, Hendrix, Sid Vicious, etc.-, une cinglante chanson signée Leonard Cohen ou encore une expérience filmique warholienne. On dit que l'endroit devrait reprendre ses activités à l'été 2015. Au coeur de Times Square, en face de feu Virgin Megastore, le plus grand magasin de disques du monde (fermé en avril 2009), se tient toujours le Hard Rock Café (1501 Broadway). Celui-ci fera évidemment fuir les non-amateurs de consumérisme absolu mais intéressera les fans des Ramones, Led Zep, James Brown, Beatles et autre Billy Joel, dont des pièces de memorabilia ornent les vitrines. Parmi les dizaines de théâtres qui parsèment Broadway et les rues environnantes, on peut voir pour l'instant le très kitsch-eighties Rock Of Ages (Helen Hayes Theatre), le bluesy A Night With Janis Joplin (Gramercy Theatre), le biopic scénique des rétros Frankie Valli And The Four Seasons, Jersey Boys (August Wilson Theatre) ou encore le bien-nommé Motown: The Musical (Lunt Fontanne Theatre). Le musical controversé avec musique de U2 -Spider-Man: Turn Off The Dark- s'est terminé le 4 janvier et doit rouvrir à Las Vegas en 2015. TEXTE Philippe Cornet