San Francisco, mars 2015. La cave d'un immeuble downtown. Balai en mains et bières dans le nez, Rick Stults et Graeme Struthers décrassent le bunker abritant leur stand présenté en parallèle à la Game Developers Conference. Ce détail anodin témoigne de l'anticonformisme des deux cofondateurs (sur cinq) de Devolver, leur label. Car habituellement, on ne se salit pas les mains dans le business du gaming. Exposant ses nouveautés à un bloc de la convention la plus courue au monde (une autre hérésie), l'éditeur libertai...

San Francisco, mars 2015. La cave d'un immeuble downtown. Balai en mains et bières dans le nez, Rick Stults et Graeme Struthers décrassent le bunker abritant leur stand présenté en parallèle à la Game Developers Conference. Ce détail anodin témoigne de l'anticonformisme des deux cofondateurs (sur cinq) de Devolver, leur label. Car habituellement, on ne se salit pas les mains dans le business du gaming. Exposant ses nouveautés à un bloc de la convention la plus courue au monde (une autre hérésie), l'éditeur libertaire a depuis lors lâché une centaine de jeux indé hors des clous. Un sacré coup de pied dans la fourmilière. Monté en réaction à des blockbusters dirigés par des études de marché (ceux d'Activision, Electronic Arts...), Devolver n'aurait jamais percé sans l'expérience et la douce folie de ses pères. " John Romero va faire de toi sa pute": le slogan publicitaire publié dans la presse en 1997 pour la promo du calamiteux Daikatana de John Romero (le cocréateur de Doom) est resté dans les annales et n'a jamais été digéré par ce dernier. Ken Levine, le père de BioShock ne doit pas non plus porter la team texane dans son coeur. Déguisés en poulets, deux de ses membres ont court-circuité son speech lors de son sacre aux très consensuels Video Game Awards de 2007. Un lien assez magique et rare se tisse entre l'attitude punk des cinq cofondateurs de Devolver et leur ligne éditoriale. En 2019, la danse du gorille d' Ape Out se vivait ainsi comme une rencontre sanglante et dingue entre l'action painting de Jackson Pollock et du free jazz. Un an plus tôt, l'éditeur texan organisait une fausse conférence de presse à l'E3 pour railler les autosatisfecit dont l'industrie est coutumière. La même année, l'éditeur encourageait vivement un studio polonais à développer Weedcraft Inc, une simulation de business de cannabis. Roi de la provoc, Devolver n'en est pas moins droit dans ses bottes avec ses poulains. À la manière d'United Artists au cinéma ou d'Image Comics en BD, le label d'Austin a démarré son business, il y a dix ans, en laissant la propriété intellectuelle des jeux à leurs créateurs. Ces frondeurs ont aussi un talent fou pour dénicher des créateurs aux concepts originaux ( Gris, Broforce, Not a Hero, Observation, The Messenger ...). Mieux, ils n'hésitent pas à tenter des coups jamais vus, notamment en créant une division films et documentaires (dont Burning Man: Beyond Black Rock sur le Burning Man Festival). Bref, à se salir les mains. Quitte à devoir tout nettoyer après.