Un zèbre. Un aigle. Un renard. Un héron goliath... tous morts. Devant ce bestiaire éteint, le regard du visiteur quête en vain un souffle, une haleine. Une buée à tout le moins. Quelque chose est passé. Fraîchement fauchés, les animaux s'abandonnent comme jamais. En eux, la vie a fini de s'entêter tandis que la rigidité cadavérique n'a pas encore déversé son mortier. Cet état de limbes confère aux natu...

Un zèbre. Un aigle. Un renard. Un héron goliath... tous morts. Devant ce bestiaire éteint, le regard du visiteur quête en vain un souffle, une haleine. Une buée à tout le moins. Quelque chose est passé. Fraîchement fauchés, les animaux s'abandonnent comme jamais. En eux, la vie a fini de s'entêter tandis que la rigidité cadavérique n'a pas encore déversé son mortier. Cet état de limbes confère aux natures mortes exposées une beauté extrême, une sérénité. On l'aura compris, la dernière série que le photographe allemand Thomas Struth (1954, Geldern) donne à voir à la galerie Greta Meert bouleverse. On pense aux "memento mori" et autres vanités face à ces images qui ne sont pas sans lien avec le destin personnel de l'artiste, qui a récemment perdu son père. " Ces images devraient nous parvenir comme des coups de poing, comme un rappel de l'inéluctabilité de la mort qui devrait nous secouer en profondeur", rappelle Struth. Glanées au Leibniz-Institut de Berlin, ces prises de vue confirment que l'intéressé est certainement le plus humaniste des photographes issus de l'école de Düsseldorf -Andreas Gursky, Thomas Ruff... Pour qui en douterait, cette huitième exposition individuelle à Bruxelles -une belle fidélité à la galerie Greta Meert qui, dans le même temps, célèbre ses 30 ans- de celui qui compte le peintre Gerhard Richter parmi ses maîtres offre l'occasion de revenir sur les temps forts d'une carrière initiée pendant les années 70. Images prises au Centre spatial Lyndon B. Johnson de la NASA, perspectives hallucinantes dénichées au laboratoire d'essais de haute tension de Siemens AG Schaltwerk Berlin, voire noirs et blancs des débuts arrachés dans les artères des grandes villes: chaque fois, Struth montre avec une rigueur sans concession ce que Bourdieu a appelé "l'habitus", ce théâtre que nous créons sans cesse de toute pièce. Pour aussitôt oublier que nous en sommes les auteurs.