Au Bozar, 23, rue Ravenstein, à 1000 Bruxelles. Jusqu'au 11/04.
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Au Bozar, 23, rue Ravenstein, à 1000 Bruxelles. Jusqu'au 11/04. Un pays à part. Le Mexique incarne un fantasme de territoire, une sorte d'alternative salutaire à la domination de l'Occident telle qu'elle s'est développée depuis la conquête du Nouveau Monde. C'est l'écrivain français Le Clézio qui soutient cette thèse dans Le Rêve mexicain, ouvrage paru en 1988 dans lequel il se prend à rêver d'un autre destin pour l'homme. Une chimère résumée par la question " Qu'aurait été notre monde, s'il n'y avait eu cette destruction, ce silence des peuples indiens?" C'est que la terre mexicaine est perçue comme l'endroit d'une magie et d'une lumière qui échapperont toujours à un monde productiviste assoiffé de matière. En éclaireur -1936-, Antonin Artaud avait déjà pris le chemin des Tarahumaras, ce peuple mangeur de peyotl. A la recherche d'une vérité des entrailles, il avait forcé les portes de la perception au point de faire surgir un alphabet de son foie. Artaud a anticipé le magnétisme du Mexique. Il en évoque les montagnes du nord peuplées d'" effigies naturelles" et les ciels qui auraient inspiré leurs bleus aux peintres d'avant la Renaissance. Ce long détour pour dire l'énorme potentiel de cette terre qui inspire. Pas étonnant donc que la photographie y ait pris ses quartiers. Elle y naît en 1840, période où apparaît le premier daguerréotype. Depuis, elle constitue une tradition ancrée... même si on ne le sait pas toujours. Après la rupture Manuel et Lola Alvarez Bravo (voir encadré), la photographie mexicaine a pris le chemin de la modernité. L'exposition du Bozar en montre toute la richesse en 25 photographes d'horizons différents. L'£il voyage. Il s'arrête sur le travail de Maya Goded - de l'agence Magnum - qui traque les tréfonds de la condition féminine jusque dans le quartier de la Merced, périmètre d'une prostitution désespérante à Mexico. Le regard fait aussi escale en Basse-Californie où l'appareil d'Yvonne Venegas s'est intéressé aux dessous d'un concours de plus belles mariées qui n'aurait pas déplu à Martin Parr. Temps fort, la série La verdaria historia de los superheroes de Dulce Pinzon mérite qu'on s'y attarde. Entre ironie et militantisme, on y voit Spiderman en train de nettoyer les vitres d'un immeuble, Hulk déchargeant un camion de légumes ou La Chose - l'homme-pierre des Quatre Fantastiques - s'éreintant au marteau - piqueur. En légende, le salaire hebdomadaire minable de ces héros du quotidien. www.bozar.be Michel Verlinden