DE WES ANDERSON. AVEC JARED GILMAN, KARA HAYWARD, EDWARD NORTON. 1 H 34. SORTIE: 30/05.

On entre dans Moonrise Kingdom, le septième long métrage de Wes Anderson, comme l’on s’inviterait dans une maison de poupées -celle de la famille Bishop en l’occurrence, dont chaque détail nous est révélé dans une scène d’ouverture orchestrée au son de The Young Person’s Guide to the Orchestra de Benjamin Britten. Magique autant que magistrale, l’introduction vaut aussi signature, l’univers du réalisateur américain y apparaissant tel qu’en lui-même, stylé, maniaque et excentrique. Passé ce délicieux prologue, le film déploie pourtant une architecture inédite. Nous sommes à l’été 1965, et l’unité scout 55 a établi son camp sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre. Rien que du joyeusement anodin, n’était l’ombre d’une tempête qui menace, jusqu’au moment où il apparaît que l’un des enfants manque à l’appel. A savoir Sam (Jared Gilman), 12 ans, qui a déserté le campement au prix d’un ingénieux stratagème. Le gamin a un plan, en effet, à savoir rejoindre Suzy Bishop (Kara Hayward), 12 printemps elle aussi, rencontrée un an plus tôt lors d’un spectacle, et avec qui il avait imaginé une fugue amoureuse. Les amants juvéniles en cavale, c’est toute l’île qui va être mise sens dessus dessous, aux scouts lancés à leur recherche sous la conduite d’un (ir)responsable maladroit (Edward Norton) s’ajoutant un policier solitaire (Bruce Willis), sans oublier les parents de la jeune fille (Frances McDormand et Bill Murray campant ce couple fatigué). Soit le début d’une curieuse et trépidante aventure, où à l’inébranlable sérénité des deux tourtereaux en herbe va répondre une agitation allant crescendo à mesure que les éléments se déchaînent…

Du pur Anderson

Avec sa facture foisonnante, son originalité maladive, son décalage revendiqué et sa drôlerie, et jusqu’à la présence d’une famille désaccordée, Moonrise Kingdom est du pur Wes Anderson. Si l’on a parfois l’impression de tourner les pages d’un album maintes fois parcouru, l’auteur a toutefois veillé à en ouvrir un nouveau chapitre, déplaçant le curseur de son inspiration vers le terrain fécond de la préadolescence et du premier amour. Et alors que Fantastic Mr Fox opposait le règne animal à la raideur humaine, ce nouveau film confronte pour sa part la sortie de l’enfance, avec son cortège de possibles, avec les démissions, compromissions et autres rigidités de sa suite adulte. Propos qui, devant la caméra de Anderson, prend le tour d’un conte étonnant pour le moins, même si un peu trop corseté dans son maniérisme. Le spectre de la coquetterie est certes là, qui occulte quelque peu les aspérités d’un récit n’en étant pour autant pas dénué: sous la légèreté de l’innocent baguenaudage, l’équipée de ces jeunes amoureux laisse poindre la perspective de l’amertume en effet…

Une pointe de mélancolie vient dès lors ceindre ce film échevelé en forme de retour d’enfance. Et qui, pour apparaître plus formaté que The Darjeeling Limited ou autre Royal Tenenbaums, n’en reste pas moins une petite merveille d’excentricité et d’inventivité. A savourer sans modération, jusqu’en son générique final en forme de clin d’£il mélomane à la méthode Anderson, décidément irrésistible.

JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS

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