Ancien rédacteur en chef culture à L'Express parmi d'autres affectations, Éric Libiot est surtout ce qu'il convient d'appeler un "clintien" dans l'âme. Il ne s'en cache d'ailleurs pas, ouvrant l'ouvrage qu'il consacre aujourd'hui à l'acteur-réalisateur en ces termes: "Clint et moi, c'est une longue histoire dont il n'a même pas conscience. Il m'agace, il me fascine, et je ne sais pas pourquoi. Plutôt, je m'agace d'être fasciné par lui." Le prologue à un exercice éminemment subjectif comme l'auteur les affectionne -les lecteurs du défunt magazine Studio ...

Ancien rédacteur en chef culture à L'Express parmi d'autres affectations, Éric Libiot est surtout ce qu'il convient d'appeler un "clintien" dans l'âme. Il ne s'en cache d'ailleurs pas, ouvrant l'ouvrage qu'il consacre aujourd'hui à l'acteur-réalisateur en ces termes: "Clint et moi, c'est une longue histoire dont il n'a même pas conscience. Il m'agace, il me fascine, et je ne sais pas pourquoi. Plutôt, je m'agace d'être fasciné par lui." Le prologue à un exercice éminemment subjectif comme l'auteur les affectionne -les lecteurs du défunt magazine Studio Ciné Live se souviennent peut-être des lettres qu'il adressait, chaque mois, à l'un ou l'autre cinéaste, Eastwood en ayant d'ailleurs fait les frais à l'occasion de la sortie de Hereafter. Le propos est différent cette fois, Libiot s'étendant sur sa passion pour Clint Eastwood pour en tracer un portrait contrasté, nourri d'une connaissance approfondie de l'oeuvre, non sans esquisser au passage son autoportrait, en un de ces dialogues féconds qu'autorise parfois le cinéma. L'intérêt de la démarche est multiple. L'on n'en attendait à vrai dire pas moins d'un exégète doublé d'un "eastwoodien" pur jus, mais l'auteur tord joliment le cou à quelques interprétations sommaires qui tendraient à ravaler le réalisateur d' American Sniper à un patriote borné, voire à quelque crypto-fasciste dissimulé sous les habits de Dirty Harry. Lui préfère s'arrêter à la morale du héros eastwoodien: "La seule mission qui compte chez Leone, et bientôt chez Eastwood, est celle que l'on se donne à soi-même. Et si, en plus, elle rapporte et qu'on peut faire du bien aux autres, tant mieux. Le héros eastwoodien est à la fois égotique et messianique. Américain jusqu'au bout de l'éperon". Ou, plus loin: "Clint est la médaille, son revers et la tranche. Ce qui brille, ce qui ne se regarde pas, ce qui fait tenir l'ensemble en équilibre. Et mon tout est un homme." Avec ce que cela suppose de complexité. Trois films emportent plus particulièrement son adhésion, Unforgiven, A Perfect World et The Bridges of Madison County, "pièces majeures, écrit-il, de l'échiquier clintien. Tous ses thèmes y sont exposés et déployés pour le meilleur et pour le mieux: l'importance de l'héritage et du moment présent, le héros et le collectif, le droit et le juste." On ne saurait mieux dire, et ce livre est aussi une passionnante leçon de cinéma, à laquelle se greffe, de rencontres privilégiées en échos intimes, un autoportrait en creux. Logique, si l'on considère avec l'auteur que "l'oeuvre d'un artiste se pose pour s'adresser au plus grand nombre et finalement ne s'adresse qu'à un seul individu. Et Clint, c'est à moi qu'il s'adresse." Ce qui valait bien ce cri du coeur: "Mon Clint, ce héros".