Dès la première planche, pour le dire franchement, on ne comprend rien, si ce n'est que l'on aura affaire à trois niveaux de narration, au moins, dans le nouveau gros livre de Gipi, le premier qu'il dessine depuis trois ans et son impressionnante Terre des fils. Découpé en chapitres courts, le reste de l'albu...

Dès la première planche, pour le dire franchement, on ne comprend rien, si ce n'est que l'on aura affaire à trois niveaux de narration, au moins, dans le nouveau gros livre de Gipi, le premier qu'il dessine depuis trois ans et son impressionnante Terre des fils. Découpé en chapitres courts, le reste de l'album vient confirmer ce premier sentiment: il y a d'abord Omaha Beach, où se tourne un film de guerre et où un vétéran se remémore son Viêtnam; il y a ensuite Punto, comme la Fiat louée par ce type qui va retrouver sa vieille mère mourante; il y a encore, 56 ans plus tôt, une naissance podalique, de celui qui s'avérera le type de la Punto. Et il y a enfin ces inserts de quelques cases -parfois une planche, toujours en noir et blanc- d'un récit a priori de SF. " En gros, il y a ces cosmonautes qui voyagent de planète en planète. Ils le font depuis des générations. Depuis toujours on va dire." Une suite de récits dans celui extrêmement complexe, parfois hermétique, mais souvent bouleversant, que l'Italien fait, dès qu'on l'a compris, de l'agonie de sa propre mère et, de là, de l'implacable culpabilité des vivants. Futuropolis, l'éditeur historique en français de Gian Alfonso Pacinotti quand il se met à la BD (Gipi est aussi réalisateur et acteur), voit dans ce travail de résilience et de mise à nu son oeuvre " la plus intense et la plus complexe". Pas mieux, malgré les claques graphiques et narratives assénées par l'auteur, cette fois tellement nombreuses qu'elles laissent groggy.