"C'était absolument confidentiel, rien ne pouvait filtrer jusqu'à la dernière minute. Il fallait que je m'assure que la Maison des cultures soit nickel pour sa venue, et puis une demi-heure avant qu'il n'arrive, il a bien fallu que je le dise aux jeunes qu'il voulait voir. Ils ont d'abord cru que je parlais de Mohammed VI, le roi du Maroc, et puis ont quand même été très impressionnés que le roi Philippe débarque..." Mercredi 3 février 2016: après l'inauguration du nouveau centre molenbeekois de formation aménagé par... Lidl, sire Philippe vient passer 25 minutes en tête-à-tête avec quinze jeunes étudiant la vidéo et la photo sous la direction de Zakaria El Bakkali, le collectif ayant signé le clip Molenbeek is my home.
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"C'était absolument confidentiel, rien ne pouvait filtrer jusqu'à la dernière minute. Il fallait que je m'assure que la Maison des cultures soit nickel pour sa venue, et puis une demi-heure avant qu'il n'arrive, il a bien fallu que je le dise aux jeunes qu'il voulait voir. Ils ont d'abord cru que je parlais de Mohammed VI, le roi du Maroc, et puis ont quand même été très impressionnés que le roi Philippe débarque..." Mercredi 3 février 2016: après l'inauguration du nouveau centre molenbeekois de formation aménagé par... Lidl, sire Philippe vient passer 25 minutes en tête-à-tête avec quinze jeunes étudiant la vidéo et la photo sous la direction de Zakaria El Bakkali, le collectif ayant signé le clip Molenbeek is my home. L'homme qui raconte ça s'appelle Dirk Deblieck, il est coordinateur général de la MCCS (Maison des cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek-St-Jean). Au turbin depuis 2003 dans cette ancienne école transformée en ruche quotidienne d'ateliers, de rencontres, de spectacles. Il y a deux ans, il nous parlait déjà de cette "jeunesse de Molenbeek, le pétrole de la commune", à la fois bluffé par l'électricité positive qui chavire les six kilomètres carrés les plus médiatisés des six derniers mois et navré par les ternes perspectives économiques qui campent devant cette même jeunesse. On s'est rencontrés à l'occasion de Molenbeek Métropole Culture 2014, douze mois d'implantation continue de matières culturelles de l'autre côté du canal. Dirk: "Cela a généré une aura qu'on n'aurait pas pu se permettre et cela a installé une plateforme qui demeure comme un super-capital, même si la structure ne comporte qu'une permanente." Plus une trentaine d'employés à l'année pour la MCCS, chiffre pas du tout ridicule pour les 100 000 habitants (un peu moins) concernés. "J'ai eu peur qu'après 2014, ce soit back to reality mais la bourgmestre nous a demandé des efforts raisonnables." Comprenez: Françoise Schepmans, également en charge de la culture, n'a pas désossé la bête. Mieux: elle a fait adopter comme sigle communal l'éolienne rouge de l'année Métropole.Historiquement, Molenbeek est sur la carte via deux lieux emblématiques: la Raffinerie du Plan K et le VK, tous deux drainant leur mini-mythe. Surtout le premier, ancienne usine à cassonade à deux pas du canal: occupée par la troupe théâtrale -du Plan K- à la fin des années 70, elle va incarner l'ultime shaker moderniste. Notablement en organisant dans sa vaste carcasse post-industrielle -un Rockerill avant la lettre- la venue à deux reprises de Joy Division. Logique pour une planque de la rue de Manchester. Aujourd'hui, le lieu totalement restauré sert essentiellement d'espace privé à la danse contemporaine, ouvrant parfois ses portes pour des performances publiques. Le cas du VK (De Vaartkapoen) est différent: depuis un peu plus d'un quart de siècle, ce centre culturel flamand a non seulement invité une grande partie de l'underground international -dont les débutants Suede en avril 1993-, ramenant des tribus de dreadeux, néo-gothiques et autres outsiders électrocufiés, mais il a aussi pratiqué une vive politique d'entrisme social. Le VK est à la fois un alt-club rock(au sens très large) et le QG de multiples initiatives de terrain menées avec les Molenbeekois, en particulier les femmes allochtones. C'est sans doute là un des codes de la commune: la culture ne peut y être une chose extérieure imposant son savoir, elle doit obligatoirement nouer des liens locaux et fomenter la participation. C'est aussi la pratique de Dirk Deblieck et de sa belle Maison des cultures. Son bureau pourrait être une métaphore de Molenbeek vu le plafond qui menace de s'écrouler, soutenu par des piliers. Deblieck: "Les piliers, c'est pour éviter de tout recevoir sur la gueule. Ce qui est arrivé à la grande salle voisine qui va enfin accueillir le MoMuse, le musée des archives de la commune: trois mille litres d'eau se sont déversés sur les papiers. Ce que je veux dire, c'est qu'on ne s'installe pas tout à fait ici comme ailleurs, il faut impliquer les gens." Et de citer LaVallée (en un mot), ancienne blanchisserie de 5 000 m², à deux pas du canal, qui accueille des plasticiens, ateliers et expos, dont le fameux Bonom. "Ils ont quelques difficultés (des cambriolages, NDLR) en partie parce que je crois qu'ils ne se donnent pas vraiment les moyens de travailler avec le quartier". Alors qu'à la MCCS, la porte reste ouverte -pas besoin de sonner- et que les incidents sont rares, voire inexistants, "même si tout au début, un mec a débarqué en Mercedes dans la cour et en est sorti avec une hache. Il voulait tuer sa femme, qui n'était pas là, cela dit (sourire). Mais il faut quand même rappeler qu'il y a dans la commune cinq ou six compagnies de danse renommées -dont celles de Wim Vandekeybus, Michèle Noiret et Bud Blumenthal- et que là, un tout nouveau centre privé va aménager derrière le parvis Saint-Jean-Baptiste: le Ras-el-hanout." C'est peu dire que la vivacité ambiante prend un sérieux coup de froid au lendemain des attentats parisiens de novembre et de l'implication de la filière terroriste molenbeekoise. Deblieck: "Il y a eu une terrible exagération médiatique: l'un des effets de cette dramatisation est que les gens sont désormais très, très méfiants vis-à-vis de la presse. Une équipe belge qui tourne actuellement un doc sur la commune a un mal de chien à sortir sa caméra." Alors bien sûr, les nouveaux plans, comme le Mima donc, drainent une charge énergétique bienvenue, mais réaliste il faut rester: "On est dans un momentum dont on doit profiter, il faut investir ici dans de nouvelles écoles, de nouvelles crèches, tout en sachant que le chômage des jeunes reste un vrai problème. La culture ne va pas les sauver, non, en revanche elle reste l'un des piliers possibles pour changer les choses. Après les attentats, on doit regravir les marches."MAISON DES CULTURES ET DE LA COHÉSION SOCIALE DE MOLENBEEK, WWW.LAMAISON1080HETHUIS.BE RENCONTRE Philippe Cornet