Quelle place donner au modèle vivant, s'interroge Sfar. "Regarder et être regardé" pose inévitablement des problèmes éthiques surtout lorsque l'on sait que le modèle est souvent féminin alors que le dessinateur tient le pinceau. Sfar dira d'ailleurs que certa...

Quelle place donner au modèle vivant, s'interroge Sfar. "Regarder et être regardé" pose inévitablement des problèmes éthiques surtout lorsque l'on sait que le modèle est souvent féminin alors que le dessinateur tient le pinceau. Sfar dira d'ailleurs que certains modèles ont été asséchés pour avoir été trop regardés. L'École des Beaux-Arts où enseigne l'auteur n'est certes pas le seul lieu qui entretienne cette ambiguïté: l'actualité est éloquente à ce sujet. Aussi la question de la censure et la légalité qui en dépend obsèdent Sfar. Cette censure omniprésente, qu'il qualifie de " triomphe de l'offensé" (réel ou imaginaire), mène tôt ou tard au procès. Et la liberté de l'artiste voire de son existence "à charge" -car " dessiner ou écrire la peur au ventre et le Code civil à portée de main ne risque pas d'améliorer le travail"- est difficile à accepter pour Sfar qui estime que le dessin, dont la technicité est complexe, permet " d'échapper au crime". Le récit est intéressant, des paroles souvent très belles côtoient un peu trop l'intimité de l'auteur. Heureusement, les émotions personnelles sont atténuées par un humour décapant dont la paraphrase (droits d'auteur obligent!) de la lettre de l'avocat restera dans les anthologies.