The Disappearance of Elenaor Rigby. Him & Her.
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The Disappearance of Elenaor Rigby. Him & Her. DE NED BENSON. AVEC JESSICA CHASTAIN, JAMES MCAVOY, ISABELLE HUPPERT. 1 H 35 ET 1 H 45. DIST: COMING SOON. 8 Mademoiselle Julie DE LIV ULLMANN. AVEC JESSICA CHASTAIN, COLIN FARRELL, SAMANTHA MORTON. DIST: COMING SOON. 7 Avec The Disappearance of Eleanor Rigby, le réalisateur américain Ned Benson s'attelait à une expérience peu banale, choisissant de décliner l'histoire d'un couple confronté à une crise aiguë non pas en un, mais bien en deux longs métrages. A savoir Him, adoptant le point de vue masculin, et Her, son pendant féminin, diptyque auquel allait encore s'ajouter Them,version exploitée sur certains marchés (américain notamment), et opérant la synthèse des deux précédentes. A l'heure de décliner en DVD cette insolite proposition de cinéma, son distributeur a, fort heureusement, choisi de s'en tenir au découpage initial, optant pour une édition collector en deux disques de Him et Her. On ne saurait trop recommander de découvrir dans cet ordre deux films autonomes mais aussi indissociables, dès lors qu'ils se complètent et s'enrichissent mutuellement, le second ajoutant en densité émotionnelle au premier, pour composer avec lui un ensemble harmonieux. Soit donc Conor (James McAvoy) et Eleanor (Jessica Chastain), un couple new-yorkais rattrapé par la fatalité sous la forme d'un événement tragique. Mais alors qu'il s'est résolu à une fuite en avant, s'affairant à la bonne marche d'un petit resto, elle semble s'être désintégrée sous le choc, jusqu'à oublier de vivre -"On était ensemble, mais à mille lieues l'un de l'autre", ne pourra-t-elle qu'observer, tandis qu'ils s'abandonnent à leur subjectivité et à leur temporalité respectives... Cette perspective à deux voix, Ned Benson réussit à en restituer les diverses nuances et variations subtiles, pour signer deux films délicats et sensibles jusque dans leurs choix esthétiques différents -des couleurs froides et un rythme fluide pour lui; des tonalités chaudes et un tempo en suspens pour elle. Loin de l'exercice de style un peu vain, il y a là, porté par deux acteurs en état de grâce, un puzzle intime bercé d'une envoûtante et émouvante mélancolie. Une lumineuse révélation. On retrouve Jessica Chastain, non moins impériale, dans Mademoiselle Julie, adaptation du classique d'August Strindberg que signe Liv Ullmann, autrefois muse d'Ingmar Bergman. D'une force rare, le texte du dramaturge suédois rejoue la guerre des sexes (et celle des classes) à travers le huis clos tendu opposant une aristocrate et son valet par une nuit de Saint Jean, en un jeu dévastateur de séduction et de répulsion. Classique et théâtral dans sa mise en scène, le film n'en est pas moins transcendé par ses acteurs, Colin Farrell s'associant à l'actrice pour faire de cette joute cruelle un moment d'une brûlante et vénéneuse intensité... JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS