Lorsqu'on l'appelle un mercredi soir, 10 heures du matin sur la côte ouest des États-Unis, Phil Elverum vient de revenir à la civilisation après quelques jours de vacances. " Ma famille aime camper au beau milieu de l'été dans l'endroit le plus brumeux, froid, humide et pluvieux qui soit, sourit-il. C'est parfait. J'adore." Le singer-songwriter jusqu'au-boutiste d'Anacortes, dans l'État de Washington, est détendu. " Certains sur Internet ont annoncé la reformation des Microphones. Ça a généré un peu de confusion, se marre-t-il, lui qui s'occupe du chant, de la guitare, de la basse, de la batterie, des percussions et du piano. Une reformation? Avec moi-même? L'été dernier, j'ai juste confirmé un petit concert dans mon patelin. Je l'ai annoncé sous le nom des Microphones plutôt que Mount Eerie. Mais c'est toujours essentiellement moi. Il s'agit de noms qui correspondent à des moments, à des époques. Ce sont comme des drapeaux que j'y plante."
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Lorsqu'on l'appelle un mercredi soir, 10 heures du matin sur la côte ouest des États-Unis, Phil Elverum vient de revenir à la civilisation après quelques jours de vacances. " Ma famille aime camper au beau milieu de l'été dans l'endroit le plus brumeux, froid, humide et pluvieux qui soit, sourit-il. C'est parfait. J'adore." Le singer-songwriter jusqu'au-boutiste d'Anacortes, dans l'État de Washington, est détendu. " Certains sur Internet ont annoncé la reformation des Microphones. Ça a généré un peu de confusion, se marre-t-il, lui qui s'occupe du chant, de la guitare, de la basse, de la batterie, des percussions et du piano. Une reformation? Avec moi-même? L'été dernier, j'ai juste confirmé un petit concert dans mon patelin. Je l'ai annoncé sous le nom des Microphones plutôt que Mount Eerie. Mais c'est toujours essentiellement moi. Il s'agit de noms qui correspondent à des moments, à des époques. Ce sont comme des drapeaux que j'y plante." Pour ce concert, Elverum ne voulait pas jouer de vieilles chansons. Pas plus qu'en interpréter des récentes de Mount Eerie. " J'en ai conclu que je devais écrire et ça a enclenché ce long processus. Réfléchir au passé, à mon évolution en tant qu'artiste. Le tout en existant dans le présent." Longue plage de trois quarts d'heure, Microphones in 2020 est constitué d'un seul et unique morceau. Il commence par sept minutes de guitare acoustique. C'est un regard sur des vieilles versions de lui. La preuve aussi qu'elles appartiennent à aujourd'hui. " Je suis un peu comme un puzzle de toutes ces expériences. Mon oeuvre est clairement autobiographique. J'ai toujours beaucoup réfléchi à ce que je devais faire de mes souvenirs." En 2017, Elverum a sorti avec A Crow Looked at Me l'un des albums les plus déchirants de ce siècle. Il l'adressait à sa femme (Geneviève Castrée), la mère décédée de sa fille, et lui racontait le deuil, la vie sans elle. " Je fixe des limites à mes confidences. Je pourrais raconter tellement d'autres choses. Je suis à l'aise avec tout ça. Plus je donne de moi et plus ma musique, mon art, a de force. Mais quand je parle d'autres, je fais très attention. Je me demande toujours si ce que je raconte risque d'affecter leur vie." Elverum, qui travaille actuellement sur un livre, une monographie consacrée à sa défunte épouse illustratrice, s'est toujours posé un tas de questions. " Je me demande souvent ce que je fais de ma vie. Ce qui est important pour moi. Ce serait plus facile d'exercer un boulot traditionnel. Un truc dont je me fous même peut-être. Gagner de l'argent pour payer ma nourriture et mes factures. Passer mes journées à regarder des films et la télé. J'ai préféré poursuivre ces aspirations créatrices. La musique, l'écriture, la peinture. Pourquoi? Qu'est-ce que je recherche? J'ai réalisé le côté spécial de tout ça. Je voulais l'examiner." En 2018-2019, pendant qu'il vivait à Brooklyn dans la maison de Michelle Williams, momentanément sa femme, Phil Elverum n'a rien écrit. " L'emploi du temps était trop chargé." Il a par contre répété deux accords en boucle sur une guitare à cinq dollars. " Je les aimais tellement. J'aurais pu continuer à les jouer toute ma vie. Ils ont constitué la base de l'album, lui ont donné sa structure. C'est la maison que j'ai construite pour y laisser vivre les mots." Depuis, Elverum est reparti s'installer dans la région de son enfance. Il a changé d'île, a revendu la bicoque où Geneviève est décédée et où ils ont eu leur bébé. Il loue et fait construire. Leur fille a cinq ans. "Elle me suit en tournée. Je suis heureux de pouvoir l'emmener partout dans le monde. Je dois juste prendre une nounou pour m'aider et s'occuper d'elle pendant les concerts." Do it yourself. Quelques disques des Microphones ont beau être sortis sur le label K Records, Phil a depuis 2004 sa propre structure: Elverum & Sun. Il gère tout ce qu'il peut lui-même et a embauché deux de ses potes pour s'occuper des commandes. " Avant j'allais au bureau de poste tous les jours... J'ai l'impression que je fais la même chose depuis que je suis ado et que je dois rester sur ce chemin. Je crée des objets physiques. Des disques. Et je les envoie aux gens par courrier. C'est très simple et direct. On verra jusqu'à quand ça suffira. Il y a eu tellement de changements dans l'industrie. Qui sait s'il y aura encore de l'argent pour la musique et qui va en bénéficier? C'est compliqué de demander du fric à des gens pour des choses qu'ils n'ont jamais dû payer." Absent de Spotify mais disponible sur Bandcamp, The Microphones in 2020 l'est aussi dans son intégralité sur YouTube, accompagné d'un film qui montre à la main des photos. "Je voulais un clip où les paroles défilent, mais sur une image fixe c'est toujours terriblement ennuyeux. En rangeant, je me suis rendu compte que ces clichés collaient à merveille. Ils correspondent aux périodes de ma vie dont je parle dans la chanson. J'ai passé trois semaines à organiser tout ça."" When you are younger, every single thing vibrates with significance" , chante-t-il sur son disque. Il s'y souvient des tournées avec Bonnie "Prince" Billy et cite entre autres Stereolab, Sonic Youth, Kurt Cobain et This Mortal Coil. " Je ne pense pas qu'on devienne nécessairement blasé en vieillissant ou qu'on devrait tous vivre comme des ados, si intensément. Mais c'est intéressant de repenser à cette époque où les choses avaient plus de signification. J'ai essayé d'en tirer quelque chose d'utile." Elverum dit se passionner pour l'extrêmement bruyant et le furieusement calme. Ambient, piano, black metal... " J'aime sa radicalité. Que ça joue fort, que ce soit transcendant. Le black metal ne dégage pas un feeling négatif, il est énergisant. J'essaie d'en écouter autant que je peux. Ma fille n'est pas vraiment fan mais je parviens à marchander contre quelques chansons de Disney."