Curateur de l'exposition et auteur d'une monographie consacrée à Mode Muntu
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Curateur de l'exposition et auteur d'une monographie consacrée à Mode Muntu C'est un dispositif que j'idéalisais. Un espace clos dans lequel on est en relation directe avec la peinture. La Cité Miroir a compris à quel point il était iconoclaste de présenter Mode Muntu de cette manière. En essayant de diminuer le verbe, en mettant la peinture en valeur et en misant sur la confrontation directe, il s'agit de déconstruire le préjugé sur une pratique qui dépasse l'ancrage particulier vers l'universel. On n'est pas ici dans une énième construction de clichés congolais. À une certaine époque où ce n'était pas dans l'air du temps, Mode Muntu a été moqué en raison de la simplicité de son trait. Il n'a pas beaucoup vendu parce qu'il ne faisait pas d'art décoratif, ce qui était attendu de la part des artistes congolais. Peu importe, il a continué à peindre et à exprimer la réalité telle qu'il la voyait. L'art congolais fonctionne dans le monde parce que des étrangers s'intéressent à lui. Samba a beaucoup été étudié par les anthropologues et les historiens parce que l'art populaire qu'il pratiquait se retrouvait dans les intérieurs des Congolais eux-mêmes. Du coup, ils ont estimé que c'était l'art authentique. Pour moi, c'est une notion aberrante, elle repose sur l'idée, qui relève du socle progressif des années 70, selon laquelle il existe une pratique artistique "pure" expurgée de l'influence européenne. Je combats cette idée. L'art congolais a connu des influences depuis le XVIIe siècle avec l'arrivée des Portugais, époque à laquelle des crucifix sont taillés. Tout artiste est le fruit d'un mélange. (1) Mode Muntu de Michaël De Plan, Prisme Editions, 256 pages, 49 euros.M.V.