Avec un peu de retard au carburateur, on découvre BC Camplight à son quatrième album à la rentrée 2018, Deportation Blues. Surpris puis accroché sérieux par ces mélodies papier de verre aux dimensions spectoriennes, qui racontent aussi le fond du trou. Duquel est finalement sorti en (grande) musique l'ex-SDF/drogué Brian Christinzio, né dans le New Jersey le 31 mai 1980. Après deux albums en 2005 et 2007, ce compagnon de route de The War On Drugs et de Sharon Van Etten est remercié par son label anglais, One Little Indian, pour diverses causes dont une suspicion de maladie mentale. Le ...

Avec un peu de retard au carburateur, on découvre BC Camplight à son quatrième album à la rentrée 2018, Deportation Blues. Surpris puis accroché sérieux par ces mélodies papier de verre aux dimensions spectoriennes, qui racontent aussi le fond du trou. Duquel est finalement sorti en (grande) musique l'ex-SDF/drogué Brian Christinzio, né dans le New Jersey le 31 mai 1980. Après deux albums en 2005 et 2007, ce compagnon de route de The War On Drugs et de Sharon Van Etten est remercié par son label anglais, One Little Indian, pour diverses causes dont une suspicion de maladie mentale. Le déséquilibré potentiel quitte finalement les États-Unis en 2012, destination la Grande-Bretagne. Il en est viré en 2015 pour manque de papiers ad hoc, mais Brian se souviendra d'une parenté italienne qui lui donnera le droit de retourner dans l'Europe pré-Brexit. Pas rancunier, le gars reprend alors la direction d'Albion. À Manchester, il trouve des semblants de quiétude -sans adouber la vie monastique- qui permettent aussi d'assembler des musiciens dans un projet mixant amour du rock'n'roll troglodyte, dérives soniques, harmonies Beach Boys et spleen viscéral. Rien d'autre que la transposition de ses propres doutes et souffrances prenant thérapie en chansons. Comme on le sait au moins depuis le funky Freud. Pour ceux qui débarquent, BC est donc ce large Américain barbu-chevelu de 40 ans -dans quelques jours- qui possède une voix de tête et des aigus tout droit issus de la Planète des Anges californiens. Beach Boys et contre-emploi en tête. Cette vague-là humidifie la majorité des neuf chansons de Shortly After Takeoff. Jamais de façon purement citative ou directement décalquée des glorieuses sixties, mais avec l'émotion qui ramène inévitablement aux acrobaties harmoniques des garçons de la plage. Born to Cruise est celui des neuf titres qui emporte la coupe sablonneuse, renvoyant aux parfums préhistoriques d'une Amérique baby boomeuse, béatement heureuse. Mais avec une injection volontiers noisy très 2020. C'est évidemment là que BC devient Camplight: dans cet album océanique baigné de mélodies pimpantes ( I Want to Be in the Mafia, Arm Around Your Sadness, Back to Work), il sème les graines, y compris sonores, de ses propres dysfonctionnements. Ghosthunting reste l'ultime exemple de la dualité entre des musiques incroyablement charmantes et l'insinuation d'un mal-être vampire. BC y fait une intro à la Lenny Bruce en club, où des rires volumineux, forcés, font place à l'embarras lorsqu'arrive la partie où le chanteur devenu stand-upper, se déclare " mentally ill". Les éclats s'apaisent et se crashent dans un quasi-silence et le morceau prend alors son décollage musical. Ce genre de scénario labyrinthique garantit que rien de ce disque n'est immédiatement prévisible. Ce qui pourrait être la définition faisant la différence entre un très bon disque et cette oeuvre d'art.