Dans Le Gone du Chaâba (1986), Azouz Begag décrivait le bidonville de Villeurbanne dans lequel il vécut une enfance discriminée. Il y revient ici en mettant cette fois son père à l'honneur. Un père déchiré entre le poids des traditions, se situant mal face à l'adolescence fougue...

Dans Le Gone du Chaâba (1986), Azouz Begag décrivait le bidonville de Villeurbanne dans lequel il vécut une enfance discriminée. Il y revient ici en mettant cette fois son père à l'honneur. Un père déchiré entre le poids des traditions, se situant mal face à l'adolescence fougueuse de ses fils et nostalgique de son douar en Algérie. Un homme analphabète qui, après avoir travaillé dans une ferme esclavagiste, s'est exilé pour devenir en France un ouvrier de chantier exemplaire , "sans un jour de maladie". Un père "sans nom", un "présumé né" qui a perdu toute trace de son passé et qui, selon son fils, " souffre d'une rupture ombilicale incurable". Un père à qui l'auteur tente d'exprimer son amour dans une société où l'on tait ses sentiments et à qui il veut offrir une revanche éclatante, grâce aux mots, pour qu'enfin il existe... Un roman bouleversant, un chant d'amour au père dédié également à Messaouda, la mère livrée très jeune aux rites brutaux du village. Azouz Begag a le don de nous dépeindre, avec humour et cruauté, la vie de quartier dans la périphérie lyonnaise et, en particulier, le fameux "Café du Soleil", lieu de concentration où s'échouent tous les éclopés du cerveau, les désespérés , "ces hommes des garnis qui défient les fantômes de leur exil". Magnifiques clichés d'une société pétrifiée qui s'érode progressivement.