Ses yeux pétillent sans cesse sous le verre des lunettes, et ses mots jaillissent avec une belle éloquence. Melha Bedia savoure visiblement le moment. Vingt-quatre heures avant de participer sans aucun enthousiasme à la pire soirée des César, l'humoriste et désormais pleinement actrice est à Bruxelles pour y présenter Forte, un film qu'elle a écrit en plus d'y jouer le rôle principal ( lire la critique page 29). Une comédie goûteuse et roborative sur une jeune femme qui lui ressemble beaucoup. " Le pitch était simple: raconter l'histoire d'une fille, une grosse, qui se frotte à la barre (de pole dance, NDLR ) pour serrer des mecs et atteindre sa féminité. Restait à l'écrire, le film. Et à trouver les gens pour m'accompagner dans cette aventure. Car je ne savais pas comment on écrit un scénario. J'avais écrit un spectacle d'humour, mais ça n'a rien à voir!" Le spectacle, c'était Fat and Furious, one-woman-show joliment titré d'une ronde qui s'assume du mieux qu'elle peut, joué (notamment au Théâtre du Marais à Paris) en 2017 et 2018.
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Ses yeux pétillent sans cesse sous le verre des lunettes, et ses mots jaillissent avec une belle éloquence. Melha Bedia savoure visiblement le moment. Vingt-quatre heures avant de participer sans aucun enthousiasme à la pire soirée des César, l'humoriste et désormais pleinement actrice est à Bruxelles pour y présenter Forte, un film qu'elle a écrit en plus d'y jouer le rôle principal ( lire la critique page 29). Une comédie goûteuse et roborative sur une jeune femme qui lui ressemble beaucoup. " Le pitch était simple: raconter l'histoire d'une fille, une grosse, qui se frotte à la barre (de pole dance, NDLR ) pour serrer des mecs et atteindre sa féminité. Restait à l'écrire, le film. Et à trouver les gens pour m'accompagner dans cette aventure. Car je ne savais pas comment on écrit un scénario. J'avais écrit un spectacle d'humour, mais ça n'a rien à voir!" Le spectacle, c'était Fat and Furious, one-woman-show joliment titré d'une ronde qui s'assume du mieux qu'elle peut, joué (notamment au Théâtre du Marais à Paris) en 2017 et 2018. " Jusqu'à présent, au cinéma, j'avais toujours eu des seconds rôles, j'étais la grosse qui mange un donut dans une comédie disons moyenne, rappelle Bedia, mais là j'allais me donner le premier rôle. J'allais essayer, en tout cas..." Et réussir, après avoir tenté une première carrière dans... le football. Elle fut en effet joueuse au PSG, et le foot reste pour elle une passion. D'autres voies pouvaient aussi s'ouvrir à celle qui obtint son bac littéraire avec mention à l'âge de seize ans seulement. Une réussite intellectuelle qui a poussé son grand frère et acteur reconnu Ramzy... à la dissuader de devenir humoriste. " On pourrait croire qu'il m'a pistonnée mais, au contraire, il a tout fait pour que je ne me lance pas. Il a très mal vécu que je renonce aux études, alors il a voulu me protéger en me mettant des bâtons dans les roues. Pendant deux ans, on ne s'est pas parlé", dit Mehla de son frangin plus vieux de 18 ans et à qui elle fait jouer... son père dans sa famille de fiction dans Forte. C'est à la télévision qu'elle allait faire ses débuts, dans deux épisodes de la série de Canal + Les Lascars (2013-2014). Au grand écran, ce fut un personnage de lycéenne dans À toute épreuve (2014 aussi), la comédie d'Antoine Blossier. Dès 2015, et tout en tournant quelques nouveaux films (dont Hibou de... Ramzy), elle s'est dirigée vers l'humour en scène, se rôdant pour un Fat and Furious déclencheur de succès. Dès le départ, Melha Bedia voulait que Forte soit un de ces films qui donnent la pêche, à rebours des tendances lourdes de la comédie en France que sont le cynisme facile et le sentimentalisme mièvre. " Déjà, pour ne pas être une imposteure, fallait que je mette un maximum de moi, déclare-t-elle, comme ça le film serait au moins sincère et naturel. On n'allait pas pouvoir me dire "Tu ne joues pas juste" ou "Ce que tu as écrit n'existe pas dans la vraie vie" . Je voulais que tous les autres personnages relèvent aussi de la vraie vie, qu'ils soient des vrais gens, loin des stéréotypes qu'on a l'habitude de voir dans les comédies françaises. C'est juste normal de mettre des gens normaux, auxquels on puisse s'identifier. Allume Netflix, prends une comédie romantique, il y aura une belle blonde qui ne s'est plus lavé les cheveux pendant 35 jours mais ça ne pue pas... Éteins Netflix et va sur Instagram et là il y a des filles qui ne te représentent pas et qui ont plus de "likes", alors tu arrêtes. Tu ouvres le magazine Elle et c'est une cata, tu te dis "Mais je vais aller me suicider, moi..." La société pose un regard sur toi qui est malaisant, qui te fait te sentir mal. Le personnage de Nour, dans le film, va bien jusqu'au moment où elle se fait larguer et que les gens de son entourage lui demandent: "T'es sûre que ça va? T'es sûre qu'en fait t'es féminine? T'es sûre que ce jogging, ces bourrelets, c'est pas pour cacher quelque chose d'autre?" Alors qu'à la base on est censé être bien dans ses baskets, même si c'est compliqué de s'aimer, d'avoir de l'estime pour soi. C'est un travail de toute une vie, d'avoir confiance..." À 29 ans, Mehla Bedia tient la forme comme jamais. " Le spectacle et ce film m'ont fait du bien. Les six mois de pole dance aussi, qui m'ont appris à me regarder -il y a des miroirs de 600 mètres!- et même à la fin à un peu bien m'aimer." Elle se plaît à dégommer les stéréotypes, elle qui " multiplie les quotas: femme -c'est déjà pas facile-, myope, en surpoids, arabe, musulmane et vierge. Je m'en trimballe des sacs à dos..." Le respect, il a fallu le gagner, mais jamais au prix de la moindre autocensure, grâce à la liberté que permet le seul en scène. " Moi je dis tout, comme ça après je peux m'en foutre! Tu tapes "Melha" sur Internet et derrière il y a "polémique"... Je crois qu'on peut rire de tout, et avec n'importe qui, en plus!" Son brio dans la répartie lui a valu, en 2018, de pouvoir rejoindre Les Grosses Têtes sur RTL. Mais scène et cinéma la verront surtout s'épanouir. Même si elle avoue encore ressentir "le syndrome de l'imposture", ce sentiment de ne pas être à sa place. Fan de Melissa McCarthy ( Mes meilleures amies, Les Flingueuses), des Inconnus ( Les Trois Frères) et de Louis de Funès ( Rabbi Jacob, L'Aile ou la cuisse), elle n'en cite pas moins comme film favori La Vie d'Adèle du très sérieux Kechiche, dont l'actrice principale, Adèle Exarchopoulos, est devenue sa meilleure amie. " C'est magnifique et bouleversant de filmer ainsi les gens au plus proche d'eux-mêmes!", conclut celle dont la vulnérabilité assumée est sans doute un des plus beaux atouts.