"Brandon Banks"

Constat: si la figure de la mère a toujours été présente dans le rap -de Tupac à Kanye West-, celle du père, par contre, est plus "diffuse". Voire carrément absente, comme en écho aux statistiques: l'an dernier encore, une étude montrait que 47 % des enfants noirs aux États-Unis vivaient uniquement avec leur mère (pour 13 % d'enfants bla...

Constat: si la figure de la mère a toujours été présente dans le rap -de Tupac à Kanye West-, celle du père, par contre, est plus "diffuse". Voire carrément absente, comme en écho aux statistiques: l'an dernier encore, une étude montrait que 47 % des enfants noirs aux États-Unis vivaient uniquement avec leur mère (pour 13 % d'enfants blancs)... Maxo Kream n'a pas eu ce problème. Sur la pochette de son premier album "officiel", il partage son visage avec celui de son patriarche. Il lui donne même son titre: Brandon Banks est le nom que s'est choisi son père, immigrant nigérian débarqué à Houston, Texas. En fait, le paternel intervient à peu près partout dans le disque, autant pour encourager que pour tancer le fiston. Ce qui n'empêche jamais ce dernier de balancer. C'est la marque de fabrique du jeune rappeur: raconter son parcours cabossé, de la manière la plus honnête et crue possible. En l'occurrence, celui d'un jeune homme qui se retrouve à dealer et voler pour s'en sortir (il y a deux ans, Maxo Kream était encore arrêté pour participation à "une entreprise de crime organisé"). Tel père, tel fils: le rappeur raconte notamment comment à onze ans, il a vu la police défoncer la porte du domicile familial et embarquer le "daron". Un père imposant, figure gangster violente, y compris avec lui ou sa mère, ( Dairy Ashford Bastard), mais auquel il reste fidèle et loyal. C'est toute l'ambiguïté du récit de Maxo Kream. Et son intérêt. Brillamment produit, Brandon Banks ne frime pas, ni ne triche. Il n'en a pas besoin: avec son flow sans fioriture, le storytelling du rappeur est aussi imparable qu'impitoyable.