"La Traversée"

Parfois, il suffit juste, comme ici, de monter le volume pour découvrir les beautés d'une musique qui, avec ce disque, pulvérise le premier degré de sa létalité supposée. Si l'ensemble des neuf titres interprétés sur un tempo lent et h...

Parfois, il suffit juste, comme ici, de monter le volume pour découvrir les beautés d'une musique qui, avec ce disque, pulvérise le premier degré de sa létalité supposée. Si l'ensemble des neuf titres interprétés sur un tempo lent et hypnotique peut rebuter l'auditeur, chacun d'eux semblant être le décalque du précédent, une écoute attentive met très vite en évidence un travail absolument fascinant sur la forme. Certes, les partis pris du trio relèvent, au départ, d'une démarche intellectuelle. Mais on peut aussi les comparer à ceux d'un peintre exécutant, à partir d'un point de vue immuable, plusieurs tableaux d'un même paysage -mais peints à différents moments de la journée. Ceci posé, la raison référencée de cette démarche se trouve dans les notes de pochette de l'album. Le saxophoniste Matthieu Bordenave y confesse que l'inspiration est venue de l'écoute du trio mythique (mais, à l'époque, totalement ignoré) créé en 1960 par Jimmy Giuffre, Paul Bley et Steve Swallow, trois géants qui inventèrent, dans le domaine du jazz, une musique de chambre inédite dont la mélancolie abstraite imprègne, dans sa totalité, cette fascinante Traversée.