1000 space invaders à Paris. 82 villes touchées. 2732 space invaders dans le monde. 1 500 000 carreaux de mosaïque collés dans les rues. 6 tours du monde. 22 nuits passées au poste de police. 20 cartes d'invasion éditées. 6 guides d'invasion parus... Pas de doutes, l'entreprise artistique appelée Invader affiche un bilan positif depuis ses débuts en 1996. Le côté systématique, viral, voire quasi obsessionnel du travail de ce Français a fait de lui une figure majeure de l'art urbain qui, question notoriété, n'a rien à envier aux Banksy et autres Shepard Fairey. En 2011, Invader s'est vu proclamé lauréat du Grand prix de l'E-reputation avec Damien Hirst et Sophie Calle. Les outils de surveillance de Zen Réputation révèlent qu'il est le plasticien français le plus mondialement connu sur la Toile (hors Web asiatique). Toutes nationalités confondues, il arrive en 27e position. Tout cela parce qu'un jour il a décidé de transposer, à travers des mosaïques, l'univers d'un jeu vidéo 8-bits sur les murs de la ville. Comme l'analyse Raphaël Cruyt de la galerie Alice, où l'artiste street s'expose jusqu'au 19/05: " Invader est une figure majeure sur la scène internationale. Peu d'artistes atteignent une telle notoriété, surtout quand elle est acquise en dehors des institutions artistiques. La raison de ce succès planétaire est la combinaison entre la nature de son travail et son époque. Invader a mis les stratégies marketing des multinationales au profit de son art. Il a un "produit " signé et empathique, valorisé par une démarche authentique, une excellente visibilité, un merchandising pointu, et il peut compter sur le soutien d'une large communauté." S'il existe indéniablement un aspect ludique aux invasions d'Invader, elles sont en revanche loin d'être barbares. On peut...

1000 space invaders à Paris. 82 villes touchées. 2732 space invaders dans le monde. 1 500 000 carreaux de mosaïque collés dans les rues. 6 tours du monde. 22 nuits passées au poste de police. 20 cartes d'invasion éditées. 6 guides d'invasion parus... Pas de doutes, l'entreprise artistique appelée Invader affiche un bilan positif depuis ses débuts en 1996. Le côté systématique, viral, voire quasi obsessionnel du travail de ce Français a fait de lui une figure majeure de l'art urbain qui, question notoriété, n'a rien à envier aux Banksy et autres Shepard Fairey. En 2011, Invader s'est vu proclamé lauréat du Grand prix de l'E-reputation avec Damien Hirst et Sophie Calle. Les outils de surveillance de Zen Réputation révèlent qu'il est le plasticien français le plus mondialement connu sur la Toile (hors Web asiatique). Toutes nationalités confondues, il arrive en 27e position. Tout cela parce qu'un jour il a décidé de transposer, à travers des mosaïques, l'univers d'un jeu vidéo 8-bits sur les murs de la ville. Comme l'analyse Raphaël Cruyt de la galerie Alice, où l'artiste street s'expose jusqu'au 19/05: " Invader est une figure majeure sur la scène internationale. Peu d'artistes atteignent une telle notoriété, surtout quand elle est acquise en dehors des institutions artistiques. La raison de ce succès planétaire est la combinaison entre la nature de son travail et son époque. Invader a mis les stratégies marketing des multinationales au profit de son art. Il a un "produit " signé et empathique, valorisé par une démarche authentique, une excellente visibilité, un merchandising pointu, et il peut compter sur le soutien d'une large communauté." S'il existe indéniablement un aspect ludique aux invasions d'Invader, elles sont en revanche loin d'être barbares. On peut y voir un acte militant, Raphaël Cruyt souligne ainsi que, par l'étendue du champ d'action, Invader " contribue à l'émergence d'une culture globalisée ainsi qu'au rapprochement des cultures". Reste que, si un improbable sociologue du futur se penche dans 100 ans sur le travail de cet artiste qui s'avance masqué, il ne pourra en dénier l'évident aspect de résistance, inscrivant son nom au mémorial de tous ceux qui -alors que c'était si facile de s'en détourner en raison de l'abondance des contraintes- n'ont pas abandonné l'espace public au moment où celui-ci succombait lentement à la privatisation, à la marchandisation et à la surveillance généralisée. Débriefing. Cela répond bien souvent à une invitation à exposer dans une galerie ou un centre d'art. Je profite alors du voyage et du montage de l'exposition pour mener parallèlement l'invasion de la ville, quitte à rester un peu plus longtemps. Cela correspond aussi parfois à un choix personnel pour quelques villes, comme pour Katmandou au Népal ou Mombasa au Kenya. Et puis de manière générale, je ne me déplace plus sans emporter un peu de carrelage et de ciment, laissant une trace de mon passage dans toutes les villes où je passe. Question difficile, car chaque ville représente une aventure qui fait partie de l'ensemble. Il y a quelques mois je me suis rendu à Sao Paulo. C'est le type de ville dépaysante qu'il est agréable d'envahir car on la découvre en même temps. Mes invasions constituent de véritables immersions durant lesquelles parcourir et envahir la ville sont mes deux seules priorités. A cause du bouclage de mon nouveau livre, j'ai dû réduire son temps de 20 à 7 jours. Ce fut donc une "invasion éclair" durant laquelle j'ai peu dormi. Au final, j'ai posé une quarantaine de pièces en une semaine, ce qui est un très bon score. J'ai aussi réalisé une nouvelle carte d'invasion qui utilise un procédé que je souhaitais expérimenter depuis longtemps: j'y ai retranscrit tous mes déplacements dans Bruxelles qui avaient été, jour après jour, enregistrés par un GPS. Finalement, 22 nuits en quinze ans d'activités illégales je trouve que ce n'est pas tant que ça. Beaucoup ont eu lieu dans des commissariats parisiens. J'y consacre une partie dans mon nouveau livre L'invasion de Paris 2.0 car la question revient souvent. Pour l'anecdote, j'ai posé PA-284 (le 284e space invader parisien) pendant une garde à vue dans le bureau de l'agent qui prenait ma déposition... Oui, absolument, je me suis toujours senti privilégié du fait que je n'utilise pas de bombe aérosol. On me prend même souvent pour un carreleur entamant un ravalement, ce qui me permet parfois de travailler en plein jour. Le temps d'installation varie de quelques minutes à plusieurs heures en fonction de la situation. En quinze ans, j'ai dû inventer tout un outillage. Cela va de la perche télescopique aux cartouches de ciment à prise rapide. L'idée est de repérer des points névralgiques dans la ville et de tout mettre en £uvre pour les atteindre. Je parle volontiers d'"acupuncture urbaine". En ce qui concerne la récupération commerciale, je me suis jusqu'ici toujours préservé de collaborer avec une marque. Je trouve souvent regrettable que des artistes, quel que soit leur domaine, acceptent d'associer leurs créations à un produit. Quant à la question du street art en galerie, cela est pour moi tout à fait naturel puisque j'ai toujours pratiqué les deux. Bien sûr, ce n'est pas la même chose et les attentes du public ne sont pas les mêmes, mais justement, à l'artiste de prendre cela en compte et d'en jouer. Ça a commencé à quelques centaines d'euros et ça en vaut aujourd'hui quelques milliers. Cela me pousse à les coller plus haut ou à les faire plus grandes. Ce qui est vraiment regrettable, c'est que, pour une vendue sur eBay, 30 autres sont détruites par des pilleurs qui ne récoltent au final que quelques morceaux de carrelage cassé... PA-001 a été posé dans une ruelle du 11e sur un mur qui a depuis été recouvert d'une épaisse couche d'enduit. Je pense qu'il se trouve toujours en dessous... Il y en a pas mal sur Street View. Je les enregistre quand je tombe dessus mais je n'ai pas encore cherché à les compiler. Je suis tombé récemment sur la source de l'invasion à Montauban. J'en attends impatiemment une autre qui est une peinture géante que j'ai réalisée sur le toit du journal Libération à Paris. Une peinture qui se voit de l'espace donc... mais l'image n'est pas encore mise à jour. La musique est essentielle à ma vie. Mon premier réflexe en arrivant à l'atelier, c'est d'allumer mon ampli et quand je pars en invasion j'allume l'autoradio avant de démarrer. J'essaye d'être le plus ouvert possible mais mes racines restent le punk-rock. Pendant l'invasion de Bruxelles, j'écoutais CRASS. Un groupe punk engagé qui n'a jamais fait de compromis. J'aime ce genre de sincérité artistique. Je leur ai d'ailleurs dédié la plus grande pièce rubikcubiste ( une £uvre réalisée à partir d'un assemblage de Rubik's Cube, il s'agit d'une synthèse opérée par Invader entre le célèbre jeu des années 80 et le courant artistique du XXe siècle, ndlr) que j'ai réalisée à ce jour. Elle est composée de 1800 cubes et sera présentée à la galerie Alice. Non. Ce n'est plus forcément du côté de l'art que je puise mon inspiration. Ou alors ce sont des gens un peu borderline comme REVS, un graffeurs new-yorkais, Gee Vaucher qui a dessiné tous les disques de CRASS, ou bien Susan Kare qui, dans les années 80, a dessiné toutes les icônes du système d'exploitation d'Apple. La figure du space invader, par-delà son aspect ludique, représente à mes yeux un petit virus qui a envahi nos vies. La technologie numérique, dont j'ai fait de ces space invaders l'étendard, vient de révolutionner l'Histoire de l'humanité, tout comme cela a pu être le cas par le passé, avec l'imprimerie par exemple. Je pointe cela du doigt car il y a matière à réflexion, nous avons bel et bien entre les mains un nouvel outil d'une puissance extraordinaire. Toutes mes invasions commencent par l'acquisition d'une carte de la ville où je vais agir. C'est un outil de travail qui me permet de visualiser la progression de l'invasion et bien sûr de me repérer. Quand l'opportunité se présente, j'en redessine une qui résume l'invasion de la ville et la publie. C'est à chaque fois un exercice de style. Je viens de réaliser la 22e, sur Bruxelles. Elle est en cours d'impression. Ceci dit, les téléphones aujourd'hui équipés de GPS sont en train de modifier ma manière de travailler. Non, je n'y vois aucune limite. Il est vrai que j'ai, à un certain moment, recentré ce projet sur l'utilisation du matériau carrelage et son utilisation dans l'espace public. Mais je m'accorde parfois le droit de réaliser ce que j'appelle des "Variations", c'est-à-dire d'utiliser d'autres procédés que la mosaïque pour reproduire la figure du space invader. Cela peut être trafiquer la lettre A d'un magazine ( lire Focus de la semaine dernière... ) ou bien réaliser une paire de baskets dont les semelles sont des tampons qui reproduisent un space invader à chaque pas. l u BXL 2012 - DÉRIVES. INVADER, ALICE GALLERY, 4, RUE DU PAYS DE LIÈGE, À 1000 BRUXELLES, JUSQU'AU 19/05. WWW.ALICEBXL.COM. TEXTE MICHEL VERLINDEN