"Stronger With Each Tear"

Distribué par Universal.
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Distribué par Universal. Après 17 ans de carrière, Mary J. Blige est-elle toujours la "reine du hip hop soul"? Acquis dans le courant des années 90, le titre lui allait comme un gant. Mais aujourd'hui? Comment s'en sort Mary J. Blige alors que la concurrence déboule de tout côté? Rihanna, Beyonce, Alicia Keys, sans compter toutes les gagnantes d'émissions de téléréalité... En 2008, l'album Growing Pains montrait qu'elle pouvait voir venir. Seule sur son trône, la Queen Mary a surtout réussi à se façonner un royaume bien à elle. C'est bien vu: en créant sa propre compétition, Blige aura toujours trois longueurs d'avance sur ses rivales. Son nouveau disque, le neuvième, confirme. Au départ, l'album était censé s'intituler simplement Stronger. Finalement, le titre a été rallongé en Stronger With Each Tear. Car Mary J. ne serait pas Blige si, au coin de l'£il, ne pointait pas une larme ou l'autre. C'est que les histoires d'amour finissent mal, en général, chez Mary J. Blige. Même quand tout va bien, la frustration n'est jamais loin. Sans surprise, le disque cultive donc un certain fatalisme amoureux, ne sachant pas trop comment vraiment vivre avec, mais condamné à ne pas pouvoir faire sans... Certes, Blige n'a peut-être pas le glamour de l'une ou la charge sexuelle d'une autre. Par contre, à plusieurs reprises sur Stronger With Each Tear, sa voix continue de donner des frissons. Le tout porté par une production à la précision chirurgicale. La musique de Blige a toujours fonctionné sur ce contraste. D'un côté, la voix à haute valeur émotionnelle ajoutée, directement issue du gospel et des tourments de la soul (l'âme); de l'autre, une musique carrée, portée par une production clinique (la machine). L'album démarre ainsi sur Tonight, un modèle du genre. En voilant légèrement le sample de Rapper Dapper Snapper d'Edwin Birdsong, la chanson prend une texture qui va à merveille au grain de Blige. Certes, parfois, la technologie s'égare: on ne comprend pas l'intérêt d'utiliser l'autotune sur The One. L'opération peut être pertinente dans le cas de Britney Spears. Pratiquer cela avec la voix de Mary J. Blige, par contre, revient à monter les 20 étages par les escaliers alors qu'on vous tient la porte de l'ascenseur. Les échanges avec les machines s'équilibrent cependant au cours du disque. Avant même de s'inverser complètement en fin d'album. Cette fois-ci en faveur de Mary J. Blige, qui prend les commandes de Kitchen, mid tempo passe-partout mais aussi tout à fait imparable. In The Morning est une ballade qui pourrait là encore se traîner si elle n'était pas balancée par Blige. Le gros morceau arrive en toute fin. Avec Color, produit par Raphael Saadiq, Blige doit en effet se contenter d'une ligne de clavier Hammond, une batterie étouffée, et une timide guitare. Plus habituée aux grands espaces, la chanteuse en fait alors des tonnes autant qu'elle tâtonne, touchante. Magnifique. Laurent Hoebrechts