Des raisons d'aimer Martin Scorsese et son cinéma, nous n'en manquerons jamais. Même si son dernier film en date nous a un peu déçu (voir encadré), "Marty" n'en reste pas moins, à 67 ans, un de ces incontournables dont chaque nouvelle £uvre fait forcément l'événement. A Berlin (où Shutter Island est projeté ces jours-ci au Festival) comme ailleurs. L'occasion pour nous de détailler les 10 principales raisons qui font à nos yeux l'importance du cinéaste italo-américain.
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Des raisons d'aimer Martin Scorsese et son cinéma, nous n'en manquerons jamais. Même si son dernier film en date nous a un peu déçu (voir encadré), "Marty" n'en reste pas moins, à 67 ans, un de ces incontournables dont chaque nouvelle £uvre fait forcément l'événement. A Berlin (où Shutter Island est projeté ces jours-ci au Festival) comme ailleurs. L'occasion pour nous de détailler les 10 principales raisons qui font à nos yeux l'importance du cinéaste italo-américain. De santé fragile, le natif de Flushing passa son enfance dans le quartier de Little Italy à New York, qu'il allait si bien filmer plus tard. Souvent reclus dans sa chambre pour cause de maladie (il était asthmatique), le gamin issu d'une famille sicilienne n'eut pas le cinéma comme vocation première. C'est... la prêtrise qu'il envisagea d'abord. Il entra même au séminaire à l'âge de 14 ans, mais s'en fit renvoyer un an plus tard. On ne sait qui prit la décision de virer le jeune Martin. Mais s'il a privé l'Eglise d'un curé, il a offert au cinéma un de ses créateurs majeurs! Avec Mean Streets (1973), Alice Doesn't Live Here Anymore (1975), Taxi Driver (1976) et Raging Bull (1979), Scorsese a puissamment contribué à la redéfinition du paysage cinématographique américain. Entre farouche indépendance et flirt poussé avec le film de genre, lui et ses collègues Francis Ford Coppola et Brian De Palma (eux aussi d'origine italienne), William Friedkin et Peter Bogdanovich, tissèrent une étoffe qui marque encore aujourd'hui leurs cadets. Cette rue qu'il observait depuis sa fenêtre, ce quartier de Little Italy où il circulait pour aller à l'école ou au cinéma, Scorsese en a fait un personnage à part entière de ses films. Seul Woody Allen a sans doute apporté autant d'originalité à cadrer un New York duquel "Marty" restitua l'énergie, l'électricité, comme personne. Avec au passage un film hommage comme New York - New York. Mean Streets et Goodfellas sont sans aucun doute 2 des meilleurs films jamais consacrés au "milieu". Des jeunes gens remuants y rêvent de devenir gangsters, de se faire une place au soleil de la mafia, et découvrent une réalité à la fois étonnamment ordinaire et terriblement cruelle. A des lieues d'un certain Godfather "glamourisé" par le copain Coppola... Robert De Niro et Harvey Keitel crachés par le bitume et crevant l'écran dans Mean Streets, Ray Liotta et Joe Pesci sidérants de présence dans Goodfellas, mais aussi Ellen Burstyn dans Alice Doesn't Live Here Anymore, Jodie Foster dans Taxi Driver, Mary-Elizabeth Mastrantonio dans The Color Of Money ou Winona Ryder dans The Age Of Innocence. Tous et toutes doivent à Scorsese un rôle définitivement marquant. Avant lui, il y avait eu le Howard Hawks du Scarface original (1932). Après, il y a eu le Brian De Palma de... Scarface, le remake (1983), puis bien sûr Quentin Tarantino. Mais on doit à Martin Scorsese une manière radicale, réaliste, hallucinante, de filmer la violence. La scène de bagarre dans le club de billard dans Mean Streets en est la brûlante matrice, d'où plusieurs autres séquences extraordinaires et choquantes sont sorties pour pimenter les films suivants du réalisateur. Un mouvement de caméra embrasse le désert sur l'intro magique du Gimme Shelter des Stones. C'est dans Casino et cela donne des frissons. Scorsese a plusieurs fois utilisé la musique de Jagger et Richards dans ses films, avant de capturer les Rolling Stones en "live" dans Shine A Light. Il a aussi consacré un film remarquable, The Last Waltz, au concert d'adieu du Band de son pote Robbie Robbertson. Il a encore signé un film sur Bob Dylan ( No Direction Home). Et produit Feels Like Going Home, une série de passionnants documentaires sur l'histoire du blues. Moins connu: le cinéaste avait initialement voulu que le soundtrack de Bringing Out The Dead soit composé intégralement de chansons de The Clash. Il y en a finalement deux ( Janie Jones et I'm So Bored With The USA)... Cinéphile averti autant que curieux, Scorsese a voulu honorer ce 7e art qu'il aime éperdument en lui consacrant 2 sommes documentaires absolument passionnantes. A Personal Journey With Martin Scorsese Through American Movies (1995) explore brillamment la mémoire du cinéma américain, Il Mio Viaggio In Italia (1999) porte sur le cinéma italien un regard ému et très personnel. Vers la fin des années 60, Jacques Ledoux, conservateur de la Cinémathèque royale de Belgique et organisateur du festival du cinéma expérimental de Knokke, avait invité le jeune Martin Scorsese à venir montrer son percutant court métrage The Big Shave. Quand au début des années 2000, notre Cinémathèque, désormais dirigée par Gabrielle Claes, se retrouva en grave danger de sous-financement, le cinéaste, qui n'est pas un ingrat et milite pour la sauvegarde du patrimoine cinématographique, tint à lui apporter publiquement son fervent appui. Scorsese n'est pas entré dans l'âge mûr avec l'épanouissement que vécut et vit encore son aîné de 12 ans Clint Eastwood. L'heure des chefs-d'£uvre, pour lui, est peut-être passée. Mais "Marty" n'en a pas perdu pour autant son désir et son plaisir de filmer. Il tourne à la cadence plus que respectable d'un film (de fiction) tous les 2 ans, et 2010 verra déjà sortir son prochain opus: Silence, adaptation d'un roman japonais de Shusaku Endo où jouent Daniel Day-Lewis, Benicio Del Toro et Gael Garcia Bernal! Texte Louis Danvers