Nous l'avions quittée dans l'Afrique subsaharienne de Si le vent soulève les sables, nous la retrouvons dans le Pacifique où elle suit les jeunes protagonistes de Noir océan ( lire la critique page 31). Du désert aux flots bleus, d'un coin du globe à l'autre, la réalisatrice belge conserve cette éternelle curiosité de l'autre, cette humilité aussi qui fait d'elle une remarquable adaptatrice d'£uvres littéraires, de son premier long métrage Le Lit (d'après Dominique Rollin) à son dernier (d'après Hubert Mingarelli) en pa...

Nous l'avions quittée dans l'Afrique subsaharienne de Si le vent soulève les sables, nous la retrouvons dans le Pacifique où elle suit les jeunes protagonistes de Noir océan ( lire la critique page 31). Du désert aux flots bleus, d'un coin du globe à l'autre, la réalisatrice belge conserve cette éternelle curiosité de l'autre, cette humilité aussi qui fait d'elle une remarquable adaptatrice d'£uvres littéraires, de son premier long métrage Le Lit (d'après Dominique Rollin) à son dernier (d'après Hubert Mingarelli) en passant aussi et notamment par J.M. Coetzee (pour Dust) et Yann Queffélec (pour Les Noces barbares). " Je lis tout le temps, à l'écoute d'un texte qui me soufflera qu'il pourrait faire un film, explique Marion Hänsel. Il y a sans doute de ma part une attente, une recherche, consciente ou non. Même si les histoires que j'ai adaptées sont très différentes, il y a des thèmes qui reviennent comme par exemple celui de la filiation. Mais l'essentiel, pour moi, est toujours dans l'écriture. Le rythme, la musicalité, qui n'appartiennent qu'à un vrai auteur, un grand auteur. Les livres que j'adapte ont aussi en commun de proposer des récits extrêmement ramassés, extrêmement concis, avec une sobriété des mots et des émotions, qui me correspondent..." Ainsi la cinéaste tomba-t-elle sous le charme des 2 nouvelles autobiographiques de Mingarelli (1) dont naît aujourd'hui Noir océan. Un film où se confirme, avec éloquence, que l'art de Marion Hänsel réside entre autres dans son aptitude à situer des situations très réalistes dans une atmosphère intemporelle, ajoutant à l'universalité du propos. " Un peu comme Dust , où on pouvait se demander si l'action en Afrique du Sud se déroulait sous l'apartheid ou non, Noir océan se situe hors du temps. Parce que je crois que le sujet du film, le passage de l'adolescence à l'âge adulte, la difficulté à accepter le fait de n'être plus un enfant, ne change pas selon les époques. Il fallait donc que le film soit intemporel, qu'on puisse penser par exemple, en voyant ces marins du début des années 70, aux jeunes soldats qu'on envoya faire la guerre aux Malouines dans les années 80, ou à ceux qu'on envoie aujourd'hui en Irak, en Afghanistan, sans qu'ils sachent pourquoi, et avec des effets traumatisants, culpabilisants..." Marion a des mots très durs pour " l'imbécillité des hommes de pouvoir, recommençant toujours les mêmes erreurs". Mais son discours reprend très vite un tour plus calme, à l'image de son cinéma serré, tendu certes, mais où se manifeste une belle et singulière retenue dans l'expression des sentiments. " Parfois trop de retenue d'ailleurs!", sourit une artiste qui a su reconnaître ses échecs ( Il Maestro en est un) mais dont les plus belles réussites (comme les magnifiques et trop peu vus Nuages et Between The Devil And The Deep Blue Sea) émeuvent d'autant plus que c'est discrètement qu'elles cheminent en nous. (1) EXTRAITES D' OCÉAN PACIFIQUE (LE SEUIL - 2006). LOUIS DANVERS