Les sorties en DVD de Tremblements lointains (voici quelques mois) et Fritkot ( voir critique page 33) viennent illustrer à merveille le vaste registre d'un cinéaste sachant passer d'une fiction africaine poétique, exigeante, à un documentaire ancré dans la réalité bruxelloise et ouvert à l'humour, au plaisir. Manuel Poutte a beaucoup bougé depuis qu'il a pris la caméra une fois terminés ses études de philosophie et l'épisode musical du groupe de new wave Berntholer. " ...

Les sorties en DVD de Tremblements lointains (voici quelques mois) et Fritkot ( voir critique page 33) viennent illustrer à merveille le vaste registre d'un cinéaste sachant passer d'une fiction africaine poétique, exigeante, à un documentaire ancré dans la réalité bruxelloise et ouvert à l'humour, au plaisir. Manuel Poutte a beaucoup bougé depuis qu'il a pris la caméra une fois terminés ses études de philosophie et l'épisode musical du groupe de new wave Berntholer. " L'imaginaire, le désir, prennent souvent des trajectoires imprévisibles, commente le réalisateur, et après avoir beaucoup voyagé en Afrique et en Asie, je me suis rendu compte que j'y cherchais peut-être ce qui m'avait toujours manqué jusque-là: une culture informelle, une culture de rue, où les gens se retrouvent et partagent des choses. C'est à Jette, tout près de la gare, que je l'ai finalement trouvée, avec cette friterie, cette dame qui la tient... J'ai également replongé dans la réalité belge, bruxelloise surtout, car je me sens au fond plus bruxellois qu'autre chose." Ses périples lointains ont permis au cinéaste d'oublier son " dégoût pour une certaine belgitude médiocre", et de ressentir " des attaches jamais identifiées auparavant avec cette culture populaire qu'on voit encore présente en certains lieux à Bruxelles." Le cinéma fut d'abord un refuge pour Manuel Poutte. Une échappée belle d'une réalité familiale difficile. " Dès que je pouvais, je me précipitais dans les salles et je voyais plusieurs films d'affilée" , se souvient celui que la découverte de Mon oncle d'Amérique d'Alain Resnais frappa de plein fouet, le poussant vers la Cinémathèque où sa soif de 7e art se développa encore. Si le cinéma lui a " sauvé la vie", la télévision a aussi ses faveurs quand elle lui permet par exemple, après Fritkot, de tourner la série Fans de foot où il suit 2 supporters, un du Standard et un d'Anderlecht, durant les derniers "play-offs" du championnat. Poutte fait en ce moment le montage pour une version longue de ce documentaire filmé au vif de la passion du ballon rond. Il a aussi 2 projets de films de fiction, aussi passionnants l'un que l'autre: Puni aura pour héros un condamné vivant avec un bracelet électronique, Terroristes une bande de radicaux du troisième âge menant joyeuse révolte. Porté vers le " constat social" et toujours bien décidé à " rentrer dans les interstices du système", le réalisateur belge semble aborder la période la plus prolifique et la plus créative d'un itinéraire professionnel entamé au début des années 90. Et c'est dans le Bruxelles qu'il sillonne quotidiennement en scooter, façon Nanni Moretti, qu'il en a sans doute trouvé le bel élan... l LOUIS DANVERS