Le fils, 18 ans: " Je n'aimerais pas que ma grand-mère fasse un truc pareil". Le père: " Mamy n'aurait jamais fait un truc pareil!" Le fils: " C'est pas de la musique, il n'y a ni refrain ni structure! On dirait plutôt de la poésie". Le père: " Bah, peu importe, elle a 80 ans, elle peut faire ce qu'elle veut au fond. Et là, elle travaille avec l'ex-guitariste et l'ex-violoncelliste de Bashung quand même". Le fils : " Au début, je croyais que c'était un homme". Le père: " Pas à ma connaissance". Ce compte rendu d'un dimanche soir hivernal du dernier album de Brigitte Fontaine écouté...

Le fils, 18 ans: " Je n'aimerais pas que ma grand-mère fasse un truc pareil". Le père: " Mamy n'aurait jamais fait un truc pareil!" Le fils: " C'est pas de la musique, il n'y a ni refrain ni structure! On dirait plutôt de la poésie". Le père: " Bah, peu importe, elle a 80 ans, elle peut faire ce qu'elle veut au fond. Et là, elle travaille avec l'ex-guitariste et l'ex-violoncelliste de Bashung quand même". Le fils : " Au début, je croyais que c'était un homme". Le père: " Pas à ma connaissance". Ce compte rendu d'un dimanche soir hivernal du dernier album de Brigitte Fontaine écouté en voiture, entre père et fils, pose une foultitude de questions. Résumable dans cette interrogation: que nous dit Brigitte sur ses intentions artistico-réalistes et quelles sont ses armes? En réponse, Brigitte jette des paroles comme " Destroy nihilisme" dans Break 1, l'un des quatre interludes sur 17 titres, d'une voix d'avenir, c'est-à-dire d'outre-tombe. Timbre croassant, caverneux, WTF. En effet, le disque n'est pas exactement hilarant puisque construit sur tout ce que Fontaine n'aime pas aujourd'hui. Ce qui donne un album de désamour, de dégoût, de misanthropie avec des pointes aiguës de féminisme. D'où l'impression d'entendre une irréductible grand-mère dont on ne sait pas toujours si elle radote vraiment ou lâche des bribes de vérité. Les deux, sans doute. Avec des phrases cash comme celles qui ouvrent les festivités: " Je suis le tout/Je suis née pour mourir comme tout le monde/Mais je suis le tout/Le tout ne meurt pas".Avec des élans aussi, comme dans Haute sécurité, où l'ex-compagne de route de Jacques Higelin lâche " Mon coeur est un mégot qui ne peut pas s'éteindre". Brigitte est une femme sincère, disant également ce qui va moyen: "Moi qui vous parle, vais prendre mon médicament" ( Raglia) tout en s'avançant comme militante d'actuels et futurs combats. " Vive la lutte armée", chante-t-elle d'une voix terminale dans Vendetta. C'est la France-chanson, donc poussant forcément le règne du verbe et du coup de gueule. Mais Fontaine s'est toujours distinguée par son caractère borderline dont la perception est ici particulièrement aiguë. En écoutant ces morceaux, le malaise ne quitte pas forcément la pièce: lard ou cochon? Sardine ou requin? Ce trouble doit sans doute correspondre à l'objectif de l'octogénaire qui, au fond, a passé sa vie à perpétuer les plaisirs du dysfonctionnement, du refus de la norme, de l'intrépide féminin. Donc, quand elle ramasse l'espèce mâle en une somme d'abrutis, on peut néanmoins percevoir un message d'amour qu'elle adresse à son mec, Areski Belkacem, ou à tous les hommes. Comme support musical à ces drôles de fables de LA Fontaine, le guitariste Yan Péchin et le violoncelliste belge Jean-François Assy, talents repérés chez Bashung, brodent des atmosphères noisy-punk. Globalement? À ne pas glisser entre toutes les oreilles.