La révolte de mai était déjà en route durant l'hiver de 1968: effondrement du système éducatif élitiste, une classe ouvrière oubliée par cette France à la croissance radieuse, une jeunesse qui a besoin de jouir au grand jour, de provoquer l'autoritarisme d'une société pudibonde. Emmanuel Amara délaye la...

La révolte de mai était déjà en route durant l'hiver de 1968: effondrement du système éducatif élitiste, une classe ouvrière oubliée par cette France à la croissance radieuse, une jeunesse qui a besoin de jouir au grand jour, de provoquer l'autoritarisme d'une société pudibonde. Emmanuel Amara délaye la succession d'événements qui va activer l'agitation politique, secouer le ronronnement des Trente Glorieuses et du gaullisme: arrestation de Daniel Cohn-Bendit et des étudiants contestataires, manifestations, répression policière, escalade, nuit des barricades, dépavage des rues, convergence des étudiants et des syndicats... Les images d'archives et le témoignage des acteurs de premier plan (Dany le Rouge, Romain Goupil...) ou des journalistes d'alors (Christian Brincourt, Patrice Duhamel...) nous plongent au coeur de l'événement. Mais c'est lorsqu'il examine la réaction d'une classe politique prise de court par les journées de mai que le documentaire tient en haleine: les manigances de Pompidou pour parvenir aux accords de Grenelle, l'armée et les anciens combattants prêts à rentrer dans le lard, les atermoiements de la gauche, l'ORTF tenue en laisse... Le désastre est proche. Et puis, quand tout lui échappe, de Gaulle qui disparaît des radars quelques heures, le 29 mai, pour susciter l'horreur du vide et, aidé par les centaines de milliers de supporters massés sur les Champs-Élysées, se porter garant de l'ordre et de la sécurité. Un coup de maître et de Jarnac.