Madre s'ouvre sur un plan-séquence sidérant retraçant l'échange téléphonique paniqué entre une jeune Espagnole et son fils de six ans, laissé seul sur une plage par son père lors de vacances dans les Landes. Après ces dix minutes d'angoisse pure, on retrouve Elena (Marta Nieto) installée, dix ans plus tard, à Vieux-Boucau, où elle travai...

Madre s'ouvre sur un plan-séquence sidérant retraçant l'échange téléphonique paniqué entre une jeune Espagnole et son fils de six ans, laissé seul sur une plage par son père lors de vacances dans les Landes. Après ces dix minutes d'angoisse pure, on retrouve Elena (Marta Nieto) installée, dix ans plus tard, à Vieux-Boucau, où elle travaille dans un restaurant tout en essayant de se reconstruire avec l'aide de son compagnon, Joseba (Alex Brendemühl). Moment où son regard croise celui de Jean (Jules Porier), un ado fréquentant l'école de surf en qui elle croit reconnaître Ivan, son enfant disparu. Et une relation non dénuée d'ambivalence de bientôt se nouer entre eux, au grand désarroi de leur entourage respectif... À l'origine de Madre, le nouvel opus de Rodrigo Sorogoyen ( El Reino), on trouve son saisissant court métrage éponyme, nominé aux Oscars 2019 et repris intégralement dans la séquence initiale. Après quoi, le film bascule, passant avec un égal bonheur du thriller sous haute tension au drame psychologique intime, le portrait d'une femme se décomposant à l'épreuve d'un deuil impossible se doublant d'un récit d'apprentissage adolescent délicat. Une matière sensible que le réalisateur espagnol embrasse avec maestria, absorbant le spectateur au coeur du propos par la fluidité d'une mise en scène en mouvement, non sans maintenir tout du long une ambiguïté porteuse de trouble. En résulte un film aussi étonnant que malaisant par endroits, une franche réussite à laquelle n'est pas étrangère la composition, toute de mystère et d'intensité contenue, de Marta Nieto...