Le 18 juillet dernier, la ville de Detroit déposait le bilan, rongée par la crise et des décennies de déclin industriel, désertée par ses habitants (plus de la moitié ont quitté la place en 50 ans). Sur place, on pense même aujourd'hui à revendre quelques-uns des tableaux qu'abrite le prestigieux Detroit Institute of Arts (Van Gogh, Brueghel...). En musique aussi, la ville regorge de pépites. S'il fallait n'en garder que cinq...
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Le 18 juillet dernier, la ville de Detroit déposait le bilan, rongée par la crise et des décennies de déclin industriel, désertée par ses habitants (plus de la moitié ont quitté la place en 50 ans). Sur place, on pense même aujourd'hui à revendre quelques-uns des tableaux qu'abrite le prestigieux Detroit Institute of Arts (Van Gogh, Brueghel...). En musique aussi, la ville regorge de pépites. S'il fallait n'en garder que cinq... Si la house est née du côté de Chicago, le mouvement techno est bel et bien parti de Detroit. "Motor City", ses chancres urbains, ses usines à l'abandon: le décor parfait pour une musique d'anticipation, utopie musicale croisant "Kraftwerk et (le funk de) George Clinton". A l'origine, il y a donc Juan Atkins (Model 500), Kevin Saunderon (le tube Big Fun) et Derrick May. Sous le nom de Rythim Is Rythim, ce dernier sort Strings of Life en 1987, encore et toujours l'un des hymnes du genre. Detroit, ville hip hop de second plan? Ce serait oublié que J Dilla y a forgé son immense culture musicale. Ce serait également faire l'impasse sur celui qui reste le plus important rappeur blanc de l'Histoire: Eminem. Marshall Matters III a grandi dans les banlieues black paumées, de l'autre côté de 8 Mile road, sorte de périph' local. Flow vicieux, textes à l'humour trash, voire nihiliste, Eminem perce avec The Slim Shady, avant d'exploser définitivement au disque suivant. Le bruit et la fureur. Fin des années 60, les MC5 (pour Motor City 5, le surnom de Detroit) incendient le rock à coup de guitares déchaînées, annonçant le punk. Engagé politiquement à l'extrême-gauche (le manager John Sinclair est impliqué dans le White Panther Party), le groupe sort son 1er album en 1969. Kick Out The Jams est un live furieux, enregistré au Grande Ballroom de Detroit... Basé à Detroit (leur label Westbound Records), Funkadelic va y sortir quelques-uns de ses plus hauts faits d'armes. George Clinton est le maître de cérémonie, grand gourou de la rencontre entre rock acide et funk. Complètement défoncé, Maggot Brain (1971) démarre par un morceau de dix minutes, électrisées par un long solo du guitariste Eddie Hazel. Culte. Impossible d'énumérer tous les hits que la Motown va sortir tout au long des années 60: Four Tops, Jackson 5, Diana Ross & The Supremes, Martha & The Vandellas, Stevie Wonder... Une cadence industrielle, comme celle que le patron, Berry Gordy, devait suivre quand il bossait sur les chaînes de montage des usines automobiles de Detroit. En 1972, il déménagera ses bureaux à L.A. Avant de quitter la ville, le label sortira What's Going On, le chef-d'oeuvre soul de Marvin Gaye. L.H.