Récit faussement blafard et apathique d'une amitié rattrapée par une très équivoque tragédie d'ordre domestique, ce premier long métrage britannique, passé par des festivals internationaux aussi cotés que ceux de Londres, San Sebastián, Zurich ou Marrakech, confront...

Récit faussement blafard et apathique d'une amitié rattrapée par une très équivoque tragédie d'ordre domestique, ce premier long métrage britannique, passé par des festivals internationaux aussi cotés que ceux de Londres, San Sebastián, Zurich ou Marrakech, confronte deux femmes-enfants issues de la classe ouvrière aux limites de leurs petites certitudes communautaires. Soit les ravages peu réversibles causés par la rumeur et le plaisir coupable à salir une réputation propres à l'entre-soi insatisfait caractérisant ces innombrables patelins qui n'ont rien d'autre à offrir que le morne décompte des jours et l'invariable absence de perspectives de vie. Intelligemment inscrit dans la grande tradition du film social à l'anglaise sans pour autant jamais tout à fait y souscrire, Lynn + Lucy joue d'un naturalisme aussi plombé que fauché pour instiller le malaise, l'inconfort et le trouble sur le mode d'un cinéma-vérité à l'atmosphère lourde et toxique, voire quasiment impudique. Dans ses meilleurs moments, ce drame prolétaire au jusqu'au-boutisme glacé évoquerait presque un scénario à la Asghar Farhadi mis en scène façon Dogme 95: moralement très ambigu et anti-spectaculaire au possible, donc. Formule gagnante.