Son film a le mérite, dans un contexte israélo-palestinien désespérément tendu vers le pire, de surmonter les fausses évidences pour oser, selon la belle expression de l'écrivain Amos Oz, " imaginer l'autre". La réalisatrice française (s£ur cadette du romancier à succès Marc Lévy) prend pour point de départ l'échange fortuit de deux bébés à peine nés, l'enfant juif allant grandir chez les parents palestiniens, dont le fils est élevé par les parents israéliens... Le double choc causé par la révélation tardive de l'interversion engendre dans ...

Son film a le mérite, dans un contexte israélo-palestinien désespérément tendu vers le pire, de surmonter les fausses évidences pour oser, selon la belle expression de l'écrivain Amos Oz, " imaginer l'autre". La réalisatrice française (s£ur cadette du romancier à succès Marc Lévy) prend pour point de départ l'échange fortuit de deux bébés à peine nés, l'enfant juif allant grandir chez les parents palestiniens, dont le fils est élevé par les parents israéliens... Le double choc causé par la révélation tardive de l'interversion engendre dans Le Fils de l'autre (lire critique dans Focus du 06/04) une prise de conscience qui n'épargnera personne, et cherchera sur un terreau intime des raisons de croire à une paix que les idéologies ne cessent d'éloigner. " Quand j'ai découvert le synopsis de départ écrit par le jeune scénariste Noam Fitoussi, j'ai été immédiatement attrapée par le c£ur, tout en me disant presqu'aussi vite que ce serait très casse-gueule", se souvient Lorraine Lévy, consciente des risques de " basculer dans le larmoyant, ou dans l'artificiel". A la force du sujet devait répondre " un traitement également fort". La réalisatrice a hésité, dans un premier temps, " car n'étant ni israélienne ni palestinienne, je me demandais si j'étais habilitée à faire ce film". Si elle a finalement surmonté ses doutes initiaux, c'est en adoptant " une posture d'humilité totale, sans me sentir dépositaire d'un message, en mettant l'Histoire au service de la petite histoire... laquelle, peut-être, pourra un jour éclairer la grande". Quatre mois d'immersion dans la réalité du terrain, la composition d'une équipe de tournage " un peu française, mais surtout israélienne et palestinienne", ont aidé la réalisatrice à nourrir un film dont le casting -éminemment crucial- a commencé par Emmanuelle Devos (" à la fois extrêmement cérébrale et terriblement charnelle, un cumul très rare chez une actrice"). Pascal Elbé (" grave et viril, avec une sensibilité à fleur de peau") et Mehdi Dehbi (apprécié dans Les Infiltrés) suivirent, avant que deux directrices de castings, l'une israélienne et l'autre palestinienne, cherchent le reste de la distribution, à l'exception de Jules Sitruk, trouvé à Paris quand aucun jeune comédien local ne sut s'imposer. Tous, acteurs et techniciens, ont été interrogés sur leur propre ressenti vis-à-vis du sujet. Un des interprètes pressentis, homme de théâtre et de dialogue, à moitié juif et à moitié arabe palestinien, ne viendra jamais au rendez-vous, ayant été abattu par un groupuscule terroriste avant de rencontrer Lorraine Lévy. " Cette mort brutale nous a tétanisés, confie cette dernière, mais elle m'a encore renforcée dans cette idée de transmission, cette volonté d'être une passeuse, d'offrir en partage cette croyance que chacun est la moitié de l'autre, et que le désespoir ne peut l'emporter." LOUIS DANVERS