On n'a pas fini d'analyser le changement de paradigme musical en cours. Notamment sa composante hip-hop. Grignotant le mainstream, le genre a rebattu les cartes, y compris dans un jeu a priori aussi fermé que celui de la scène musicale britannique. Non pas que le rap n'a jamais fait son trou en Angleterre. Mais jusqu'ici, et pour résumer à gros traits, il a été, dans un cas, vendu comme une simple déclinaison locale de ce que proposaient les cousins américains; dans l'autre, coincé dans une niche -UK garage, dubstep, grime- qui tenait souvent du tiroir, bien pratique pour ranger...

On n'a pas fini d'analyser le changement de paradigme musical en cours. Notamment sa composante hip-hop. Grignotant le mainstream, le genre a rebattu les cartes, y compris dans un jeu a priori aussi fermé que celui de la scène musicale britannique. Non pas que le rap n'a jamais fait son trou en Angleterre. Mais jusqu'ici, et pour résumer à gros traits, il a été, dans un cas, vendu comme une simple déclinaison locale de ce que proposaient les cousins américains; dans l'autre, coincé dans une niche -UK garage, dubstep, grime- qui tenait souvent du tiroir, bien pratique pour ranger ce qu'on ne voulait pas trop voir. Depuis quelques années, une nouvelle génération s'est toutefois dévouée pour balayer les étiquettes. Tout en revendiquant un héritage (de Dizzee Rascal à Wiley), il s'agit désormais de casser les habitudes. On pense à Dave, vainqueur du dernier Mercury Prize avec son album Psychodrama. Ou, forcément, à Stormzy, qui réussit à toucher le grand public tout en restant fidèle à sa communauté. On pourrait dire la même chose de J Hus. Il y a trois ans, son premier album, Common Sense, mélangeait déjà authenticité et ouverture musicale. Une direction qu'il approfondit sur son nouveau projet, l'impeccable Big Conspiracy. Dans un pays où la lutte contre les crimes à l'arme blanche est devenue une cause nationale, le cas de J Hus est évidemment emblématique. Parce que Momodou Lamin Jallow, de son vrai nom, né à Londres en 1996, d'origine gambienne, a déjà subi, dans son corps, ces violences. Parce qu'il s'est aussi retrouvé condamné à huit mois de prison, en 2018, pour s'être lui-même baladé avec une lame d'une dizaine de centimètres dans la poche... Dire que ce passage derrière les barreaux a changé son propos serait mentir. Par contre, peut-être qu'il lui a permis de davantage réfléchir à un second album plus carré et posé. Pour décrire la musique de J Hus et sa capacité à mélanger les genres, certains ont cru bon d'en inventer un autre: l'afroswing. Ce qui est sûr, c'est que Big Conspiracy séduit par son aisance et sa souplesse à toute épreuve. La réalité dépeinte par J Hus a beau être dure et violente, sa musique tient de l'évidence. Maîtrisant son sujet à la perfection, le rappeur déroule avec une facilité bluffante, qu'il évoque ses conquêtes (le grivois Cucumber) ou sa parano: " Sheitan in police uniform/Feds in a helicopter/I seen pigs but I never seen a unicorn", rappe-t-il sur Helicopter, l'un des deux titres où apparaît la mystérieuse iceè tgm (que beaucoup pensent être sa soeur). Supervisé par le fidèle producteur Jae5, l'album invite également Koffee ( Repeat) et l'inévitable Burna Boy (toujours aussi efficace sur Play Play), mais aussi Ella Mai pour l'un des titres les plus directement pop de la liste ( One and Only). Même dans ce dernier cas, J Hus donne l'impression de ne rien céder. La force tranquille...