"Miss Colombia"

En 2017, Lido Pimienta remporta à la surprise générale le Polaris Music Prize, équivalent canadien des Grammys ou du Mercury Prize anglais. Ce n'était pas un mince exploit, dans une promotion incluant également des albums de Leonard Cohen ou Feist. D'autant que La Papessa, le disque en question, a été autoproduit, confectionné en auta...

En 2017, Lido Pimienta remporta à la surprise générale le Polaris Music Prize, équivalent canadien des Grammys ou du Mercury Prize anglais. Ce n'était pas un mince exploit, dans une promotion incluant également des albums de Leonard Cohen ou Feist. D'autant que La Papessa, le disque en question, a été autoproduit, confectionné en autarcie quasi complète par une expatriée colombienne, arrivée au Canada une douzaine d'années à peine auparavant, proposant un mix latino alternatif tranchant dans le paysage musical local... Trois ans plus tard, Miss Colombia bénéficie évidemment d'une autre exposition et de moyens plus importants -Lido Pimienta est aujourd'hui signée sur le label Anti, celui de Tom Waits, Mavis Staples. Le propos et l'audace de la démarche n'ont cependant pas changé. Enregistré entre son home studio de Toronto et son village d'origine, Miss Colombia est présenté par l'intéressée comme une " lettre d'amour cynique" à son pays natal -jusqu'à son titre qui fait référence à l'élection de Miss Univers 2015, quand le présentateur se planta en direct en décernant la couronne à la représentante colombienne au lieu de l'élue, Miss Philippines... Femme immigrée d'un côté, métisse afro-indigène de l'autre, Lido Pimienta n'est pas dupe de sa condition -"hors-cadre". Ni de sa position -forcément de combat. Mélangeant cumbia et pop synthétique ( Eso Que Tu Haces), références reggaeton et rythmes traditionnels ( Quiero Que Me Salves, avec Sexteto Cabala, héritiers de la tradition musicale des ex-esclaves de San Basilio de Palenque, la première des villes libres d'Amérique latine), sa musique se révèle aussi frondeuse que passionnante.