Cela fait un moment que toute une génération d'artistes s'emploie à réparer une offense majeure perpétrée par l'Histoire de l'art occidentale: pendant des siècles, peinture et sculpture ont tenu l'homme noir dans un rôle ancillaire. C'est Titus Kaphar (1976, Kalamazoo, Michigan) qui a le mieux synthétisé la problématique en racontant l'anecdote de son fils aîné choqué par une statue équestre de Theodore Roosevelt. Placée devant le Musée national d'Histoire naturelle de Washington, l'oeuvre en question figure le 26e président des États-Unis triomphant. Non sans compagnie: un Afro-Américain et un Amérindien chem...

Cela fait un moment que toute une génération d'artistes s'emploie à réparer une offense majeure perpétrée par l'Histoire de l'art occidentale: pendant des siècles, peinture et sculpture ont tenu l'homme noir dans un rôle ancillaire. C'est Titus Kaphar (1976, Kalamazoo, Michigan) qui a le mieux synthétisé la problématique en racontant l'anecdote de son fils aîné choqué par une statue équestre de Theodore Roosevelt. Placée devant le Musée national d'Histoire naturelle de Washington, l'oeuvre en question figure le 26e président des États-Unis triomphant. Non sans compagnie: un Afro-Américain et un Amérindien cheminent à ses côtés. Bien sûr, l'allégorie asymétrique ne manque pas de frapper le gamin. La question fuse: " Papa, pourquoi il est à cheval alors que les deux autres doivent marcher?" Kaphar est ébranlé. Il n'aura dès lors de cesse de replacer le corps noir à sa juste place dans un système où le racisme est structurel. Mais il y a aussi Kehinde Wiley (1977, Los Angeles) qui n'a pas ménagé sa peine pour s'approprier la facture des grands maîtres -de Le Brun à Ingres, en passant par Tiepolo ou Rubens. Au bout du pinceau? Rien de moins qu'un grand renversement de l'imagerie occidentale. Moins connu que les deux précédents -c'est tout le mérite de la galerie luxembourgeoise Zidoun-Bossuyt de lui consacrer un solo show-Jeff Sonhouse (1968, New York) creuse le même sillon identitaire. Si le fond est le même, la forme varie de façon significative. Marqué par l'Histoire de la peinture -Picasso, notamment- et par l'esthétique pop des magazines, l'intéressé déploie une pratique hybride qu'il enrichit d'éléments tridimensionnels variés. Allumettes soigneusement disposées en motifs, plumes, métal soudé, laine de fer, gant ou autre accessoires de mode... Autant d'apports qui confèrent aux portraits, exclusivement masculins, une présence stupéfiante, un vertige esthétique. Ces touches distinctives, Sonhouse les dispose avec la patience d'un artisan. Habité par la lenteur, il se refuse à s'entourer d'assistants, considérant que le travail manuel minutieux fait tout le prix de son oeuvre. Le tout constitue un langage visuel hyper personnel qui se démarque par une grande évidence graphique, un caractère percutant qui imprime durablement la rétine. Les compositions font également valoir une grande efficacité chromatique à travers des couleurs éclatantes. Difficile de ne pas penser à la tradition africaine de la sape dont l'élégance fait l'unanimité. Nordine Zidoun et Audrey Bossuyt, les deux galeristes qui ont déjà fait découvrir d'autres talents afro-américains comme Terry Adkins, Noel Anderson, Njideka Akunyili Crosby ou encore Wangechi Mutu, considèrent quant à eux que ce style inimitable propose " une vision qui va au-delà des vieux paradigmes de l'identité de l'homme noir. Dans les portraits de Sonhouse, celle-ci apparaît comme un ensemble de clés qui ouvriraient les portes d'une liberté jusqu'alors insoupçonnée."