Les questions identitaires hantent décidément les esprits, et en particulier, en ce début d'année, ceux de la bande dessinée. La semaine dernière, on saluait le retour de S.O.S. Bonheur tout en s'étonnant de sa couverture présentant une jeune femme voilée dont on ne sait si elle est menaçante ou menacée. Cette fois, on découvre la couverture volontairement provocatrice du dernier one-shot de Clarke: une jeune femme en burka tient dans ses bras un joli bébé dont la blondeur et les yeux bleus tranchent violemment avec le n...

Les questions identitaires hantent décidément les esprits, et en particulier, en ce début d'année, ceux de la bande dessinée. La semaine dernière, on saluait le retour de S.O.S. Bonheur tout en s'étonnant de sa couverture présentant une jeune femme voilée dont on ne sait si elle est menaçante ou menacée. Cette fois, on découvre la couverture volontairement provocatrice du dernier one-shot de Clarke: une jeune femme en burka tient dans ses bras un joli bébé dont la blondeur et les yeux bleus tranchent violemment avec le noir de son vêtement. Or cet enfant est le sien, et le père est lui aussi Jordanien. Une anomalie génétique qui se répand tel un virus d'abord à Copenhague, ensuite dans toute l'Europe. Tous les immigrés, désormais, donnent naissance à des petits "aryens". Et Clarke de poser la question -tout en proposant une réponse: tient-on là un rétrovirus digne du Sida qui va créer le chaos dans les populations, renverser les dogmes et bouleverser les rapports humains et même les équilibres géopolitiques, ou est-ce au contraire le début de la solution finale et naturelle à tous les rejets communautaires et tout concept de racisme? Le Liégeois Clarke ne laisse heureusement planer aucun doute sur ses convictions au terme de ce thriller d'anticipation provocateur et engagé: "Il faut régulièrement rappeler que le problème racial n'en est pas un." "Aujourd'hui, les "races" se mélangent, et ça pose problème à certains, explique l'auteur de la série Mélusine qui, depuis son précédent one-shot Dilemma, creuse un autre sillon, plus politique qu'humoristique. Pour mon récit, je trouvais intéressant d'inverser les rôles: de voir ce que ça donnerait non pas si les immigrés devenaient "contagieux", mais si leurs hôtes l'étaient. Ça créerait une forme de menace inversée." Menace qui effectivement renverse soudain les rapports Nord-Sud: les terroristes de Daesh changent de cible et l'Europe est désormais obligée de fermer ses aéroports et ses frontières pour empêcher les immigrés de la fuir massivement! Le chaos, avant un nouvel ordre, que Clarke appelle de ses voeux: "Je suis, comme le personnage principal, un grand partisan du laisser-faire. Les Danois raconte ce qui va de toute manière arriver à l'espèce humaine. À l'échelle de l'humanité, nos différences physiques et culturelles sont aujourd'hui dérisoires. Les problèmes que nous créons dans ce domaine n'en sont pas. Avec la mondialisation, les populations se mélangent de plus en plus. Ce n'est pas une fatalité, c'est une réalité! Avec mon virus, je ne fais qu'accélérer les choses..."