Il n'y a pas un Alain Cavalier mais trois! D'abord celui qui, fraîchement diplômé de l'IDHEC (l'actuelle FEMIS) à Paris au milieu des années 50, se lança dans le film politique avant de se faire une place dans le cinéma commercial français de qualité, travaillant avec les plus grandes stars (Romy Schneider, Alain Delon, Jean-Louis Trintignant). Ensuite l'auteur, à partir du milieu des années 70, d'oeuvres plus personnelles et à petit budget, allant vers une épure qu'incarna mieux qu'aucune autre Thérèse, six fois "césarisée" en 1987. Enfin le réalisateur de documentaires tournés en vidéo, démarche inaugurée par La Rencontre en 1995.
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Il n'y a pas un Alain Cavalier mais trois! D'abord celui qui, fraîchement diplômé de l'IDHEC (l'actuelle FEMIS) à Paris au milieu des années 50, se lança dans le film politique avant de se faire une place dans le cinéma commercial français de qualité, travaillant avec les plus grandes stars (Romy Schneider, Alain Delon, Jean-Louis Trintignant). Ensuite l'auteur, à partir du milieu des années 70, d'oeuvres plus personnelles et à petit budget, allant vers une épure qu'incarna mieux qu'aucune autre Thérèse, six fois "césarisée" en 1987. Enfin le réalisateur de documentaires tournés en vidéo, démarche inaugurée par La Rencontre en 1995. À 87 ans, Cavalier reste actif, comme en témoigne Être vivant et le savoir, tout juste présenté au Festival de Cannes. Un film parti du désir d'adapter le livre d'Emmanuèle Bernheim Tout s'est bien passé, sur la mort choisie de son père. Un film ayant changé quand l'écrivaine elle-même tomba gravement malade, et qui est devenu comme une très douloureuse méditation sur la maladie, la mort et l'amitié... Tout récents aussi, les Six portraits XL (2017), que le cinéma Nova propose de découvrir les 1er et 2 juin dans le cadre de son hommage à Cavalier. Le portrait de Jacquotte, une femme retournant dans sa maison d'enfance où tout raconte son histoire. Celui de Daniel, qui fut acteur et réalisateur, et dont le quotidien se structure désormais autour de ses "tocs". Celui de Guillaume le boulanger, qui a quitté Paris pour ouvrir une nouvelle échoppe dans les Hauts-de-Seine. Celui d'un écrivain, journaliste, réalisateur à ses heures, nommé Philippe Labro. Celui de Bernard, motard et comédien, qui joua dans Le Plein de super de Cavalier en 1976 et qui hante désormais les théâtres. Enfin celui de Léon, le cordonnier du quartier où vit le cinéaste, et qui va fermer boutique. À cette série de moyens métrages, groupés deux par deux en trois séances, le Nova vient ajouter les projections de deux films charnières d'Alain Cavalier. Le Plein de super, justement, road-movie écrit en chemin à partir des expériences personnelles de ses jeunes interprètes, quatre mecs à bord d'une voiture qu'il faut descendre dans le Sud de la France. Et puis Ce répondeur ne prend pas de message (1979), déconstruction-reconstruction du 7e art et de la relation du cinéaste à ce qu'il filme, aux limites de l'expérimental tel que pouvaient le pratiquer, à la même époque, les jeunes Belges Chantal Akerman ( La Chambre, Je, tu, il, elle) et Boris Lehman ( Magnum Begynasium Bruxellense). Alain Cavalier sera présent à Bruxelles, d'abord le 31 mai à Bozar, où il présentera son film pivot de 1976 La Rencontre. La chronique très intime et intimiste d'une rencontre amoureuse, réalisée avec de petites caméras vidéo offrant la possibilité de s'affranchir du langage cinématographique connu pour partir en exploration d'un autre art, d'une autre manière de regarder et de capter la réalité. Cavalier sera le lendemain dans l'après-midi à l'INSAS, à l'invitation du ciné-club de l'école de cinéma bruxelloise. Accompagné de son monteur (et diplômé de... l'INSAS) Emmanuel Manzano, il évoquera son travail avec cette ouverture d'esprit et cette humble éloquence qui lui sont propres, et que tous ceux qui ont eu la chance de parler avec lui apprécient grandement. Gageons qu'il se présentera, plutôt que cinéaste ou réalisateur, en usant du terme de "filmeur", qu'il affectionne et exprime bien son ressenti quand il oeuvre à son travail. Le Filmeur est d'ailleurs le titre d'un de ses films, sorti en 2004. " Tenir une caméra, c'est être instrumentiste. Réunir tous les paramètres: cadrer l'image, entendre le son, qu'il soit dans l'image ou hors de l'image, deviner aussi le hors champ de l'image, parler en même temps pendant que la vie vous est donnée à prendre à toute vitesse... S'il y a un récit en route qui se dessine, analyser l'action, supposer, prévoir la suite, être prêt à tout..." Être prêt à tout! Ces phrases extraites d'un entretien de 2009 avec Jean-Louis Jeannelle (1) disent bien les choses, définissent bien la démarche d'un Cavalier toujours attentif, disponible, observateur infatigable de la vie qui avance, du temps qui passe et des êtres qui passent, eux-aussi, et que ses images mettent en mémoire, en sensations, en pensée, pour toujours. À revoir ses oeuvres de jeunesse, les engagés (et censurés!) Le Combat dans l'île (1962), sur un groupuscule terroriste d'extrême droite style OAS, et L'Insoumis (1964), sur un déserteur pendant la guerre d'Algérie, on se dit que le Cavalier des 20 dernières années y est déjà bien présent. Comme il l'est aussi, par certains plans, certaines suspension du temps, dans ses films grand public tels le polar Mise à sac (1967) et surtout La Chamade (1968), adaptation du roman de Françoise Sagan. Et bien évidemment encore dans ce Thérèse évoquant de manière quasi documentaire la jeune carmélite Thérèse de Lisieux. Les trois Cavalier n'en feraient-ils donc qu'un?