L'été, les tribus prennent le grand air. Par exemple, les punks à chiens. Célébrant l'amitié entre l'homme et la bête, ce couple apparu dans les années 80 est à la fois le cousin du clochard et le spectateur fidèle de Cinquante millions d'amis. Coutume consistant à être au même quota odeur 100 % nature que la bébête compagne. Différence notable: le chien préfère l'eau à la Carapils. Même si cela l'amuse beaucoup de voir son maître pris dans une bagarre au Ricard ou salir son treillis clouté d'un vomi grand cru 2010. En fait, en quelle année sommes-nous? C'est la question débonnaire que l'on se posait il y a quelques jours à Esperanzah! devant le défilé incessant de baba-cooleux. Dreads ramenés en chignon vintage, garde-robe dérobée dans des dépôts indiens, sarouels clownesques, look pseudo nomade et des armées de bonnes intentions qui feraient passer Adrien Jovenau pour Lemmy Motörhead. Phénomène tribal du festival qui rassemble les singularités pour leur donner une présence collective plus visible à défaut d'être plus signifiante. Ce flottement (post-)hippie semble traverser le temps et à Esperanzah! 2010, on a l'impression de revivre un Temps des cerises, raout folk des seventies, tenu dans le même cadre de l'Abbaye de Floreffe. Saint-Patchouli traverse visiblement les époques. Mais des punks aux teddy boys protégés par leur machine à remonter les tribus (les pubs anglais), des néo-hippies skaters aux dreadlockeux (ou dread-loqueux) circassiens, tout semble exister. Rarement de façon conforme à l'intégrale du modèle original, ceci dit: le plus souvent, c'est avec une grosse pointe de remix. Comme le chien remplaçant le rat (...) comme meilleur ami du punk. 2010 est à l'hybridation, au bombardement sans fin d'infos et de styles dans lesquels il suffit de tailler son propre uniforme, plus ou moins près du corps et du dogme. Qui peut très bien muter la semaine suivante: ne dit-on pas que l'électro compte 500 sous-genres? Jamais sans doute, on n'a vu et absorbé autant d'options esthétiques et/ou musicales. Les tribus sont une fractale: on n'en arrive jamais à bout. Focus a donné la parole à des membres de la tribujeune des années 2010 . Musiciens et/ou accros de la musique, ils racontent leur ADN perso.
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L'été, les tribus prennent le grand air. Par exemple, les punks à chiens. Célébrant l'amitié entre l'homme et la bête, ce couple apparu dans les années 80 est à la fois le cousin du clochard et le spectateur fidèle de Cinquante millions d'amis. Coutume consistant à être au même quota odeur 100 % nature que la bébête compagne. Différence notable: le chien préfère l'eau à la Carapils. Même si cela l'amuse beaucoup de voir son maître pris dans une bagarre au Ricard ou salir son treillis clouté d'un vomi grand cru 2010. En fait, en quelle année sommes-nous? C'est la question débonnaire que l'on se posait il y a quelques jours à Esperanzah! devant le défilé incessant de baba-cooleux. Dreads ramenés en chignon vintage, garde-robe dérobée dans des dépôts indiens, sarouels clownesques, look pseudo nomade et des armées de bonnes intentions qui feraient passer Adrien Jovenau pour Lemmy Motörhead. Phénomène tribal du festival qui rassemble les singularités pour leur donner une présence collective plus visible à défaut d'être plus signifiante. Ce flottement (post-)hippie semble traverser le temps et à Esperanzah! 2010, on a l'impression de revivre un Temps des cerises, raout folk des seventies, tenu dans le même cadre de l'Abbaye de Floreffe. Saint-Patchouli traverse visiblement les époques. Mais des punks aux teddy boys protégés par leur machine à remonter les tribus (les pubs anglais), des néo-hippies skaters aux dreadlockeux (ou dread-loqueux) circassiens, tout semble exister. Rarement de façon conforme à l'intégrale du modèle original, ceci dit: le plus souvent, c'est avec une grosse pointe de remix. Comme le chien remplaçant le rat (...) comme meilleur ami du punk. 2010 est à l'hybridation, au bombardement sans fin d'infos et de styles dans lesquels il suffit de tailler son propre uniforme, plus ou moins près du corps et du dogme. Qui peut très bien muter la semaine suivante: ne dit-on pas que l'électro compte 500 sous-genres? Jamais sans doute, on n'a vu et absorbé autant d'options esthétiques et/ou musicales. Les tribus sont une fractale: on n'en arrive jamais à bout. Focus a donné la parole à des membres de la tribujeune des années 2010 . Musiciens et/ou accros de la musique, ils racontent leur ADN perso. Cette néo-folkeuse finira par quitter le nid douillet des parents pour faire vivre ses chansons à pleins poumons mélancoliques... Peau pâle de porcelaine -bruxelloise pas chinoise, couronne de cheveux bruns, fringues ultra raisonnables: Faustine a un peu l'air de sortir du Couvent des Oiseaux. Ce qui, on en conviendra, est charmant, voire légèrement excitant (...). Ce non-look actuel éponge un passé pas si lointain où la donzelle, " semi-timide", plonge dans l'£uvre des Beatles, inavortable matrice Pop & Rock. " J'avais 12 ans et étant un peu obsessionnelle, je me suis mis à TOUT connaître des Beatles, j'ai tout écouté, tout lu, tout vu, cela m'a fait perdre des nuits entières. Je pensais et parlais Beatles. Par curiosité profonde et peut-être par tendance monomaniaque (sourire) ". Fille de parents au pédigrée musical chargé (1) , c'est peu dire que la musique est là, " même avant le biberon", elle plane partout dans la grande maison bobo, se parle à table, se respire dans le jardin comme dans la chambre-refuge, cocon où les grands plans s'échafaudent. A 13 ans, Faustine va à l'école avec sa guitare, double, compagne, maîtresse et tutti quanti fantasmé. " J'étais ce genre de geek, j'ai eu aussi ma période hippie, au Lycée Français. J'allais dans les magasins de seconde main pour trouver des vieux vêtements, je cherchais des trucs indiens. Tout cela sans toucher au pétard: je ne bois pas, ne fume pas, ne prends pas de drogues. Ce qui a toujours fait rire mon frère..." Mise au piano et à la méthode Suzuki à l'âge de 5 ans, cette exploratrice par nature va donc jusqu'au bout: il suffit qu'elle lise Au-dessous du volcan pour qu'elle fasse des recherches intensives sur le mescal. Un James Bond à portée de main? Boum, elle dévore l'intégralité de la série, dans l'ordre chronologique. " Plus que l'influence des Beatles, celle de Dylan a persisté. Et puis quand tu joues de la guitare acoustique et que tu chantes, c'est vite du folk..." Bon, rien à voir avec une quelconque vision politico-sociale, Faustine puise les mots en elle-même, de façon consciente ou pas: " Je n'ai pas la moindre idée de la façon d'écrire un morceau, je n'ai toujours pas compris comment cela marchait." Mais en rencontrant des phénomènes à la Devendra Banhart, en voyant " 12 000 fois en concert" Vetiver ou Alela Diane, l'ex-étudiante en anthropologie se constitue une sorte de tribu, en tout cas une famille formelle plus proche de l'héritage Joni Mitchell que de celui du MC5. Même si Faustine n'exclut nullement de " vouloir jouer en groupe et, pourquoi pas, de faire du bruit (sic) . Je suis capable d'écouter un morceau des années 30, puis un De La Soul et d'enchaîner sur un psyché péruvien sixties." A coups d'apparitions avant Diane Cluck ou Akron Family, dans un circuit qui va de La Filature au Delecta, la mini réputation faustienne se dessine. Mélodies graciles, spleen mesuré, acoustique certifiée, joli brin de voix habité. Suivent un site MySpace et une association avec Clément Mation de Joie Joie Joie (...): reste à enregistrer ce damné EP 5 titres prévu pour l'automne chez Matamore. " Je ne suis jamais contente du résultat parce que je suis dans l'instant et que je ne fais pas plusieurs prises. Mes parents auraient dû me mettre à la porte depuis longtemps, c'est un peu le piège d'avoir ses plus grands fans à la maison (rires) ." Tanguy il y aura de l'espoir, il y aura des chansons... (1) papa, Marc Hollander, est le boss de Crammed Discs ( voir par ailleurs) et maman, Véronique Vincent, a été chanteuse dans Les (légendaires) Tueurs de la Lune de Miel. Biberonné au reggae de Marley et Tosh, il aurait pu être un dreadlockeux rainbow, mais " musicien pas spécialement doué", il a choisi de faire plutôt chanter son Rolleiflex. " J'ai un rapport passionnel à la musique qui représente aussi un vrai lien familial entre nous. Depuis tout gamin, je dévore la radio -France-Inter- et à la maison, le son est constamment présent. Ma mère (née en 1957) écoute beaucoup de musique, surtout du reggae, de la soul, dans lesquels je plonge vers les 12 ans. Je passe pratiquement une année à écouter Bob Marley et Peter Tosh: Rastaman Vibrations est mon ultime album fétiche. Quand je découvre un vieux phono dans le grenier de mes grands-parents, cela aggrave mon intérêt pour le vinyle dont j'aime le crépitement de l'aiguille. " Léo, bonne gueule, a le sourire radieux, un truc des zygomates qui donne une impression d'épanouissement karmique. Et sans forcément bourlinguer à la cigarette qui fait rigoler, même si le pétard allume le feu certains soirs. Pour le reste, l'uniforme est absent, surtout les dreads: " J'avais 13 ans et j'ai fait une tentative: le résultat était tellement peu convaincant que j'ai été obligé d'aller finir l'opération avec mon père chez un coiffeur de Matongé. Et puis, je pense prioritairement que ce n'est pas une coiffure de blanc. Mon amour de la musique n'a pas besoin d'être représenté par des habits." Pantalons volontiers bas sur les hanches, sweat vaguement sportif, Léo trouve dans la musique un ciment aussi personnel que social: " J'aime le dub parce que c'est primitif, qu'il déroule une énorme ligne de basse, traquée par l'écho. Cela fait remonter une forme de vérité détachée de l'image de soi, une sensation d'accord et de plaisir qui t'amène à la transe. Cela fait oublier le quotidien sans forcément tomber dans le trip musique des astres, du soleil ou de l'harmonie universelle (rires) . " Remonter le fleuve Marley, accoster sur Jah Warrior, s'immerger au Summer Jam de Cologne et ses 1000 variations jamaïcaines, cela se partage aussi. " Depuis l'école, on est une bande très soudée d'amis, tu parles de tribus mais moi je parlerais plutôt d'importance des mélanges: mes copains écoutent aussi du metal, des machins de skaters, du rap. Moi, je suis old school mais j'ai eu mes phases de drum'n'bass, de jungle, de hardcore. Je suis remonté aux racines, jusqu'à la musique de La Nouvelle-Orléans. Si j'ai une tribu, c'est une tribu d'amis..." Même s'il pratique le piano de 7 à 13 ans, s'essaie à la guitare, passe un temps au djembé, Léo trouve qu'" il n'est pas spécialement doué pour la musique". " A 12 ans, je voulais être photographe et puis, cela m'est revenu il y a 2 ou 3 ans. Je me suis mis aux études de photo qui me donnent envie de créer quelque chose et de partager ma façon de penser." Cadeau d'anniversaire reçu en juillet de 'pa et 'ma: un Rolleiflex d'occase datant des années 70. Roots quoi. DJette bruxello-tunisienne sous le patronyme de DanceMachine, elle trouve dans l'électro l'aboutissement d'un désir qu'on appelle volontiers charnel. Lunettes XXXL à faire pâlir Nana Mouskouri, teinture orangée flamboyante et piercing entre les cloisons nasales: Soumaya fait impression. Si on ajoute un chemisier Amish 1974 et un pendentif en triangle jaune, cette fille est probablement une exfiltrée de l'espace. Mais non. " Je suis née dans une famille tunisienne modeste, non religieuse et très ouverte: chez mes parents, Oum Kalthoum était la bande son permanente. J'admirais cette femme qui a grandi dans un milieu d'hommes, très touchée aussi par l'émotion de sa musique." Soumaya se voit " danseuse étoile, c'est ma destinée", mais le petit rat de l'école de sport est freiné par un dos récalcitrant. Reconvertie en graphisme, la fille reste hyperactive: " On se sent vivre", dit-elle en rallumant une nouvelle Tigra . Ado, elle traverse et dévore musiques et tribus, hardcore, folk, classique, hip hop, rockabilly, mange les livres et découvre le ciné d'auteur dans un magasin de DVD du genre. " Là, on me demande un jour d'être DJette (sic) pour une soirée autour des musiques de films. Cela me fascine, j'ai l'impression d'être chef d'orchestre, je sens les gens qui sont devant moi, je sens cette force qui vient d'eux. Dans les soirées que j'organise aujourd'hui (1) , tous les milieux sont confondus, il y a plein de rockers, de gens qui ne sont ni dans la techno, ni dans la house, de statuts sociaux différents. Je ne veux ni être calée dans un mouvement, ni dans mes mixes, je fais de la musique émotive et pêchue." Dans son mini appartement de Bruxelles, même assise à parler, Soumaya dégage une combustion impressionnante. Après 47 spasmes de rire, on en vient à cette fameuse transversalité d'époque: une fille arabe piercée, comment cela se passe? " Le piercing, comme mes tatouages, sont uniquement des pratiques esthétiques, je trouve cela beau. L'un des principes de ma famille, c'est "Faire ce que l'on veut, que cela passe ou casse", si j'arrive à me respecter, mes parents feront de même. Ce qui n'a pas empêché mon père de tiquer sur mon piercing nasal. Globalement, je suis très mal vue par les Arabes, on ne s'est pas privé de faire des remarques à mes parents sur mon absence de foulard, auxquelles mon père répondait "Vaut mieux avoir quelque chose dans la tête qu'au-dessus (rires) ". Mais je me fais insulter, et même frapper"." Soumaya raconte comment 2 petites crapules l'ont agressée dans un métro à Laeken, lui éclatant la dentition sur l'appui de l'escalator. C'est sans doute plus facile d'être exubérante/différente à l'intérieur du K-Nal -des amis qui lui ont même proposé une résidence, déclinée- qu'à l'extérieur (2). Mais clairement, la tribu de Soumaya est celle de la libération de toute contrainte. En arabe, son prénom veut dire Lever du soleil. Et les 2 morceaux house sur lesquels elle travaille dans son duo -Bernard & Bianca- se nomment Prosélyte et Apostolat: " Notre religion, c'est la musique", dit-elle en souriant derrière ses immenses carreaux... l (1) High Needs Low à la Gare du Congrès à Bruxelles, la prochaine a lieu le 25 septembre, www.bruxelles-congres.eu (2) K-Nal, boîte et salle de concerts, se situe près de Tour & Taxis dans un quartier qui mixe diverses populations, dont une grande partie d'origine nord-africaine. Texte Philippe Cornet