Début février 2016, dans la banlieue ouest d'Alger, deux généraux algériens visitent un large terrain au coeur de la cité du 11-Décembre-1960. Ils veulent y bâtir deux grosses baraques bourgeoises et sécurisées, mais voilà le hic: portion abandonnée d'un projet d'urbanisme, ledit terrain constitue à la fois le coeur fantôme de la cité, et le terrain de foot d'une poignée de gamins. Voilà donc les militaires rossés sans sommation par les ados du coin. Comme souvent chez Adimi, dans un style sans fioriture et une approche quasi clinique, c'est à travers les bruissement de la ville, les questionnements et fièvres des membres de toutes ses classes sociales que l'intrigue progresse. Or tout s'emballe: une armée de jeunes vient squatter la zone et écraser l'envahisseur sous une pluie de cailloux. Les gosses, et l'autrice avec eux, mettent à l'amende tous les adultes habitués à faire le dos rond, contraints cette fois de se confronter à leurs passivité et lâcheté. "Ce sont peut-être des enfants mais ils sont parvenus à humilier deux généraux", déclare le jeune Youcef à son placide colonel de père, qui lui reproche de soutenir la cause. Le chauffeur des généraux a désormais "peur autant des enfants que des généraux." Trop tard: le ver est dans le fruit, et même les bulldozers sembleront impuissants face à la farouche volonté d'une génération montante, bien décidée à tancer un système injuste et corrompu... Aussi didactique dans le fond qu'élégante dans la forme, Kaouther Adimi lance un appel à la désobéissance.

De Kaouther Adimi, éditions Le Seuil, 256 pages.

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