Greffe ambitieuse d'une esthétique radicalement auteuriste sur des enjeux narratifs de cinéma de genre, Les Oiseaux de passage chronique la naissance d'un empire, celui des cartels de la drogue, à la pointe nord de la Colombie entre la fin des années 60 et le début des années 80. Cette "préhistoire" du narcotrafic glissant insensiblemen...

Greffe ambitieuse d'une esthétique radicalement auteuriste sur des enjeux narratifs de cinéma de genre, Les Oiseaux de passage chronique la naissance d'un empire, celui des cartels de la drogue, à la pointe nord de la Colombie entre la fin des années 60 et le début des années 80. Cette "préhistoire" du narcotrafic glissant insensiblement vers un âge d'or mortifère, le réalisateur Ciro Guerra ( L'Étreinte du serpent) et sa productrice Cristina Gallego font le pari assez gonflé de l'inscrire dans une dimension quasiment ethnologique aux accents mythologiques -la "bonanza marimbera", période faste d'exportation du cannabis vers les États-Unis et leur jeunesse dorée, conduisant presque par accident deux clans indigènes wayuu à une escalade hallucinée de la violence et une intenable tension entre strict respect des traditions et tentation outrée de la modernité. Structuré en cinq chants, où les rêves et les esprits occupent une place déterminante, ce film (très) noir mâtiné de western doit autant à la tragédie antique qu'à l'univers du conte cher à Gabriel García Márquez. Sans rien céder à la tentation du divertissement facile ou de la surenchère stylisée, Guerra et Gallego condamnent ouvertement les dérives aveugles -appât délirant du gain et folie des grandeurs- du capitalisme, de la déshumanisation organisée et du cercle sans fin des vexations familiales, déroulant un cinéma exigeant, jamais clinquant, qui donne de la valeur au temps et refuse les vulgaires effets de manche. Une épatante réussite, proposée ici sans aucun supplément DVD.